Introduction 1

L’ARTISANAT DU DELTA DU FLEUVE ROUGE
UNE HISTOIRE QUI SE RÉPÈTE
Une spécificité du Vietnam tient au fait que les villes n’ont pas le monopole de l’industrie. Malgré la priorité donnée à la riziculture, les villageois du delta du fleuve Rouge ont su très tôt intégrer l’industrie et l’artisanat dans l’économie rurale. En effet, à l’époque féodale, ces deux activités étaient pratiquées dans des villages spécialisés, dits villages de métier, et non dans les villes qui, symbolisant la présence du pouvoir, étaient considérées comme des centres religieux et politiques et des plates-formes d’échange avec l’extérieur.
Jusqu’à l’Indépendance, les villages de métier étaient jugés marginaux par rapport aux autres formes de production. Depuis le Renouveau, ou Doi Mâi, on assiste à une résurgence de l’artisanat villageois grâce à l’ouverture des marchés, au regain de l’activité individuelle et à la mise en place de politiques gouvernementales destinées à promouvoir le développement des activités rurales non agricoles. Le riche patrimoine architecturel et culturel est revivifié après des décennies de dénigrement. Les festivals et les rituels autour des saints patrons de métier et des génies tutélaires sont réhabilités et rappellent la force du patrimoine immatériel villageois qui avait pu renforcer la cohésion entre villes et campagnes pendant des siècles.
UN TERRITOIRE ARTISANAL ANCIEN INTÉGRÉ À UN SYSTÈME URBAIN ET POLITIQUE ORIGINAL
Une histoire ancienne fortement liée aux relations avec la Chine
Le haut delta du fleuve Rouge : le berceau de l’artisanat vietnamien
L’artisanat a émergé au Vietnam bien avant l’apparition des structures villageoises. Mais il a fallu attendre l’organisation de la société en villages pour qu’il devienne un élément structurant et constitutif de l’économie et de l’identité vietnamienne (Triïcïng Minh Hàng, 2006).
Déjà au premier siècle après J.-C., à l’époque de la conquête chinoise, l’artisanat dans le delta du fleuve Rouge avait atteint un niveau de technicité relativement élevé. On maîtrisait les techniques de la métallurgie, la fonte du bronze et du fer. Et la poterie, déjà florissante aux époques antérieures, s’était sophistiquée avec les techniques de l’émail. Les deux métiers artisanaux les plus prospères étaient alors le tissage et la vannerie. Tissus en coton, en soie, paniers, corbeilles en bambou et en rotin étaient très réputés. Au IIIe siècle, on commença à fabriquer du papier, grâce aux techniques importées de Chine. Plus tard, pour satisfaire les besoins en objets de luxe de la Cour et des fonctionnaires locaux, les techniques de ciselage de l’argent et de l’or se perfectionnèrent grâce aux échanges étroits avec l’Empire du milieu. La laque était déjà connue depuis quatre siècles avant J.-C., (des objets recouverts de laque et des outils pour 1 etaler ont été découverts dans des tombes de cette époque). Au début du premier millénaire, l’artisanat vietnamien s’était déjà affirmé (Nguyën Khâc Viên, 1993).
Avec la fin de la conquête chinoise, on assista à l’essor des villages de métier. Dès 1010, lorsque l’empereur Ly Thâi Tô transféra la capitale impériale du site de Hoa Lif sur celui de Thâng Long, au bord du fleuve Rouge, de nombreux villages développèrent des activités artisanales. Grâce à l’octroi de monopoles, ils s’adonnèrent à l’artisanat sacré et de luxe (soieries, céramiques, bijoux, broderies, papiers pour les édits royaux, meubles, objets incrustés de nacre, statuaire…) destiné à la Cour impériale, aux classes sociales vietnamiennes aisées, à d’autres pays d’Asie (Chine et Japon) et aux cultes religieux.
Toute une corporation d’artisans spécialisés dans la construction des riches demeures de la Cour impériale (charpentiers, spécialistes des métaux et de la pierre, de la peinture et de la laque) était à la disposition de l’État.

A voir: voyage prive vietnam | Ninh Binh

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply