Introduction 11

Les années 1980-1990 : les dures leçons de la libre entreprise
Avec la désintégration du bloc de l’Europe de l’Est, les coopératives sont tombées en faillite. Les artisans durent chercher de nouveaux marchés.
Diversification et recherche de nouveaux produits après l’intermède collectiviste
A Phù Lâng, à la fermeture de la coopérative de céramiques, les artisans, essentiellement concentrés à Thû Công, ont recommencé à produire de façon individuelle tout en faisant cuire leurs poteries dans le four de la coopérative. Ils ont rencontré de nombreuses difficultés pour s’adapter au marché et répondre aux commandes. L’Etat avait imposé l’activité artisanale à Thû Công, situé en zone non inondable, et l’activité agricole dans les autres villages de la commune. Les artisans ont essayé de s’adapter pour changer de type de production. A l’origine, Phù Lâng était une commune productrice de céramiques utilitaires, surtout destinées au marché local : grandes jarres ocre-jaune que l’on utilisait pour l’alcool, ainsi que de tuiles. Le marché était étroit et peu adapté à la modernisation des modes de vie. Il n’y avait pas de marché pour ces objets dans le sud du pays. Comme on utilisait les fours à bois, les produits n’étaient pas uniformes.

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Depuis les années 1980, un certain nombre d’artisans s’est mis à fabriquer des urnes funéraires, sur le modèle de Tho Hà, village alors en pleine décadence. Les urnes de Thô Hà coûtaient plus cher que celle de Phù Lâng, et les dessins étaient plus sophistiqués. D’une technique plus simple que les tours de potiers, les urnes ne nécessitaient que des moules. Puis, à partir des années 2000, des jeunes artisans ont pris la relève de leurs parents et ont abandonné la fabrication des urnes funéraires et des jarres. Ils se sont mis à la poterie décorative dans la foulée de Vü Hüu Nhung, un jeune artisan formé aux Beaux-Arts de Hà Nôi.
À Dông Ky, en 1965, on ne comptait que huit familles expertes dans les « meubles d’art ». Il faudra attendre la fin des années 1980, avec le DoiMôi, la libéralisation du commerce du bois et l’émergence d’une classe moyenne pour que ce nouveau métier, né en pleine guerre, prenne réellement son essor. Grâce à son dynamisme, ce village de commerçants de buffles et de petits artisans a réussi en deux décennies à rayonner dans tout le pays et à contrôler une grande partie du marché du bois et de l’export de meubles de qualité vers les pays asiatiques, notamment la Chine en utilisant ses réseaux commerciaux anciens et nouveaux. Déjà à l’aube du Doi Môi, ces villageois téméraires avaient réussi à faire prospérer ce métier, malgré les entraves du système collectiviste : de 1970 à 1985, le nombre d’artisans est passé de 100 à 1 000.
La modernisation et le choix de l’industrialisation : entre innovation et esprit d’entreprise
Une première étape de mécanisation de la production s’était déjà effectuée dans le cadre des coopératives. Quand la plupart d’entre elles ont fermé au début des années 1990, les coopérateurs ont racheté les machines et continué la production à domicile. Avec le Doi Môi, les artisans, conscients de la nécessaire croissance de la production et de la modernisation de leurs entreprises pour intégrer de nouveaux marchés, ont cherché à acheter des machines par tous les moyens. Les réseaux de commerçants du textile branchés sur Hô Chi Minh Ville ont permis à des villages comme La Phù de rapidement moderniser leurs fabriques de tricots. Les ateliers de Van Phùc se sont équipés en métiers à tisser électriques très perfectionnés ; en bref, les villages du textile, de la papeterie, de la métallurgie qui ont réussi à passer à l’étape semi- industrielle sont entrés dans l’économie de marché : ils doivent affronter le dur combat de la concurrence avec les grandes entreprises vietnamiennes ou chinoises. Deux cas exemplaires : Diicfng O et Da Hôi dans la province de Bac Ninh.
A DtfOng Ô, entre 1974 et 1994, les artisans produisaient surtout du papier pour la fabrication des pétards à partir de papier recyclé et du papier de « riz », 1 egiây do. Depuis 1994, date à laquelle le gouvernement vietnamien a interdit la production des pétards, on assiste à un rapide changement des modes de production et des techniques : en dix ans, les producteurs sont passés de la production manuelle de giây dô à la production mécanique de papier toilette, de papier kraft ou de carton, sur des chaînes de moyenne envergure. Les plus gros entrepreneurs se sont spécialisés dans le papier machine et celui destiné à la fabrication des cahiers de qualité et dépendent du marché international pour s’approvisionner en matière première. Diidng O est très industrialisé, dans le sens où les firmes sont intégrées verticalement, et ont réussi à faire le pas technologique pour s’adapter à la production moderne. L’industrialisation s’est opérée grâce à un transfert de technologie et une division du travail déjà existante dans ce village ouvert sur l’extérieur.
Déjà en 1988, un artisan visionnaire avait initié la mécanisation de la fabrication de papier. Sa famille est actuellement dominante dans le village et possède deux des trois plus grandes entreprises sises dans la zone industrielle.
La nécessité d’améliorer la qualité et d’effectuer des économies d’échelle sont les deux points les plus importants qui expliquent le rapide développement de l’envergure de ce village. Avec le changement d’envergure des entreprises et l’extraordinaire croissance de la production, le village fait appel à une main-d’œuvre originaire de l’extérieur du village, dont certains sont des techniciens formés par les usines de Bâi Bâng.

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