Introduction 12

La success story de Da Hôi qui, en l’espace d’une quinzaine d’années, est passé de village produisant outils agricoles, couteaux et outillages divers en métaux à l’un des principaux producteurs de lingots et de barres en acier et fer pour la construction (12 % de la production nationale) a été décrite avec précision par M. DiGregorio. Les artisans ont réussi à s’intégrer au marché grâce à leur capacité d’adaptation, à leur organisation et leur ingéniosité. D’une part, ils ont commencé à mécaniser en partie leur production, grâce à des machines qu’ils ont transformées et adaptées à leurs articles et, d’autre part, se sont appuyé sur une extrême fragmentation du processus de production. Chaque atelier est spécialisé dans un seul maillon de la chaîne.

Comptant parmi les villages les plus industrialisés et les plus pollués de la province de Bac Ninh (il ne fait pas partie des itinéraires de cet ouvrage !!!), Da Hôi doit avant tout son succès à l’esprit d’entreprise, les risques financiers et la capacité d’innovation que de nombreux villageois organisés en réseaux très soudés ont su développer. Da Hôi est à la tête d’un cluster qui étend ses ramifications à une dizaine de villages des alentours, et dont des têtes de pont ont été installées jusque dans la banlieue de Hô Chi Minh Ville.
La disparition des métiers les moins rentables dans la sphère d’expansion de Hà Nôi
Certains petits métiers se maintiennent grâce au savoir-faire des personnes âgées, mais ne sont pas transmis aux générations suivantes. Ils se suffisent d’une main-d’œuvre peu formée ou très mal rémunérée, comme pour le battage de l’or ou de letain (Kiêu Ky, Itinéraire 2). Ce sont parfois des activités saisonnières fortement liées aux cultes religieux et culturels, revivifiés depuis le déclin du collectivisme.
La fabrication des jouets en pâte de riz « to he » ou en métal recyclé (voir encadré p. 30), malgré une chute drastique du nombre des artisans, se maintient grâce à certaines fêtes saisonnières, encore traditionnellement importantes pour la population, comme le festival de la mi-automne, la fête des enfants, mais jusqu’à quand ?
La fabrication des objets votifs, principalement les lingots, occupent quelques heures par jour les personnes âgées dans de nombreux villages, autrefois spécialisés dans cette activité. Elles n’obtiennent de cette occupation pas plus de 10 000 VND par jour qui agrémentent le quotidien des familles les plus démunies.

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La fabrication d’objets d’art très consommatrice de temps par de grands maîtres artisans est tombée en désuétude. Une jarre en bronze incisée de fils d’argent ou d’or peut demander plus de six mois de travail à un artisan de Dai Bai pour un prix de vente de 3 millions de VND !
L’urbanisation croissante, la construction tous azimuts des zones industrielles à capitaux étrangers ou urbains et la spéculation foncière induite sont très préoccupantes pour les activités les plus « fragiles ». En effet, certaines activités se maintiennent en l’absence d’autres opportunités de revenus pour les femmes, notamment. La fabrication des chapeaux coniques, les non, au village de Chuông (Itinéraire 7) occupe essentiellement les femmes, les personnes âgées et les enfants. Les revenus sont minimes (à peine un dollar par jour) mais un large marché de consommateurs persiste pour cet emblème élégant de la mise des Vietnamiennes. C’est une activité qui s’intégre facilement dans l’univers familial et surtout, dans le cas de Chuông, un marché local leur permet de s’approvisionner en matériaux et d’écouler leurs marchandises. Qu’une activité plus lucrative, dans le commerce ou l’industrie, s’offre à proximité, et l’on peut supposer qu’une part non négligeable des jeunes filles abandonneront cette activité artisanale ancestrale. Les futures industries dans la zone de production de la vannerie (district de ChifOng Mÿ à Hà Tây) risquent dans un proche avenir de concurrencer les activités artisanales et d’embaucher une partie des forces vives villageoises en leur proposant des salaires plus élevés. La carte de la localisation des activités artisanales des provinces de Hà Tây et de Bac Ninh montre bien que la vannerie, activité essentiellement féminine, se maintient au-delà d’un rayon de plus de 20 km du centre de la capitale. Mis à part à Van Phüc et les villages du textile qui se sont mécanisés (La Phù, Y La, La DifOng…), le textile a presque disparu à Hà Tây. Pourtant, le tissage connut un processus de concentration du travail qui s’opéra dans les branches les plus dynamiques et rentables. Dans le tissage, des artisans pouvaient embaucher des ouvriers qualifiés en plus de la main-d’œuvre familiale. Un rapport envoyé à la Cour de Hué en 1886 établissait que dans le village de La Khê il y avait 100 foyers s’adonnant au tissage. Chacune de ces entreprises employait jusqu’à 10 tisserands (Nguyën Thifa Hÿ, 2002). Le village de La Khê, ancien village du cluster de la soie (Itinéraire 4), est devenu un village de commerçants et de rentiers. Toutes les terres agricoles ont été expropriées et les villageois vivent de leur rente foncière que certains ont valorisée en construisant des dortoirs pour les ouvriers.
Plus grave est la disparition de l’agriculture dans les zones péri-urbaines car, même si elle ne permet pas de nourrir la famille du fait de la taille limitée des champs, on peut l’associer à un artisanat très manuel et ne nécessitant pas beaucoup de capitaux et de savoir-faire comme la vannerie. La liste des villages de métier absorbés par la ville de Hà Nôi et dont l’activité a disparu est longue : les villages de papetiers très célèbres du pourtour du lac de l’Ouest (voir encadré p. 28), les fabricants de lingots votifs des villages de Giàp Tu’ et Giâp Nhi dans le sud de la ville (Thanh Tri), les dentelliers de la banlieue de Hà Dông … Il reste deux ou trois fondeurs de cuivre dans le très célèbre village de Ngü Xâ, actuellement quartier très prisé des expatriés au bord du lac Truc Bach.
Cependant, l’urbanisation n’est pas systématiquement annonciatrice de la mort des activités artisanales. Les villages les plus célèbres, tel Bat Tràng ou Van Phüc ne sont-ils pas localisés dans la banlieue de la capitale? Tout dépend de l’envergure de la production, de la mécanisation et de la cohésion des réseaux commerciaux qui sous-tendent ces activités. La discrimination sélective de l’urbanisation s’établit selon des critères économiques, sociaux et politiques complexes qui nécessitent une étude particulière.

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