Introduction 13

Quelques traits sur les villages papetiers du Nord-Vietnam
Au XIXe siècle, à leur arrivée au nord du Vietnam, les Français s’intéressent aux techniques locales de la fabrication du papier. Fondamentalement, et bien que très artisanaux, les gestes techniques de la production papetière différaient peu de ce qui se faisait ailleurs. L’accent était mis sur les matières brutes utilisées, toutes végétales, contrastant de beaucoup avec les pratiques occidentales où, pour les meilleures qualités tout du moins, les papiers à base de chiffon dominaient le marché.
Au Vietnam, ce papier traditionnel [giây do) restait l’apanage de villages spécialisés dans une variété définie, papier d’emballage ou votifs pour les uns, papier d’imprimerie ou papier à filigrane destinés aux brevets impériaux pour d’autres ; au sein du village cette spécialité restait souvent l’artisanat unique. Nul ne sait exactement le nombre de villages qui vivaient jadis de cette activité, de façon partielle ou totalement. Certains d’entre eux étaient implantés à proximité des lieux de production de la matière première, notamment dans la région de Phü Tho, aux abords des collines où pousse le mûrier à papier, dit cây giüüng (Broussonetia paperifera L.) et le dô ( Wikstroemia balansae Gilg.) – seul le second était cultivé. En leur temps, Crevost Ch. (1917), Claverie F. (1903) et (1904) et, plus tard, Hunter D. (1947) ont décrit les conditions d’achat des écorces, les qualités et quantités produites ainsi que la technique papetière du village de Phi Dinh (dans le district de Ha Hôa, non loin de Thanh Ba). Cependant, c’est aux abords de Hà Nôi, donc des acheteurs potentiels, que se trouvaient le plus grand nombre de villages papetiers. Les écorces y étaient amenées par porteurs ou en charrettes de Phù Tho et d’aussi loin que Quâng Ninh, Hôa Binh, Bac Can et Thâi Nguyên.

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Cette logique économique de proximité qui semble présider à la spécialisation de ces centres papetiers ne résiste cependant pas à l’analyse : ce sont des critères historiques liés à l’implantation première d’une pratique importée qui, jadis, justifiaient une production dont les secrets de fabrication, bien gardés comme il se doit, se transmettaient de génération en génération. Aujourd’hui encore, alors que certains gestes se perdent parfois au point qu’un unique dépositaire de cette mémoire de gestes sait encore produire une qualité précise, ce dernier considérera qu’à défaut d’être transmise à un membre de la famille, seul habilité à la recevoir, la technique sera perdue à tout jamais.
Nous savons beaucoup de choses sur ces villages des environs de Hà Nôi. La route qui mène au village des pamplemousses (Bifôi), maintenant rue Thuy Khuê, longeant le lac de l’Ouest sur sa partie méridionale, porta le nom de route du village du papier jusqu’en 1951. Il s’agissait alors d’un lieu de prédilection pour les excursions dominicales des Français. En conséquence, nous disposons, outre des descriptions techniques, d’un fonds iconographique exceptionnel, qu’il s’agisse des dessins d’Henri Oger, de Gustave Dumoutier, des photographies issues de l’ancien fonds de l’EFEO, ou même de fonds privés, comme celles des frères Imbert conservées à l’Ecpad1 (Ivry-sur-Seine, France). Fort de ce support documentaire, il est aisé de recréer le processus technique et le cadre social de la production en interrogeant les anciens du village de Yên Thâi.

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