Introduction 14

La production papetière y est fort ancienne et depuis sept siècles Yên Thâi est réputé pour son papier comme Bat Tràng peut l’être pour sa céramique et Ngü Xâ pour sa fonderie de bronze. En 1921, 126 familles vivant de cette activité étaient répertoriées dans cette commune et les deux villages adjacents de Hô Khâu et Dông Xâ vivaient de la production papetière. La spécialisation se réalisait de la façon suivante, au village de Yên Thâi la production de papier pour l’écriture et l’imprimerie, aux villages de Hô Khâu et Dông Xâ celle d’un produit de meilleure qualité et de plus grand format pouvant servir à la confection des images populaires. Plus au sud, près de pont de Papier (Câu Giây), les ateliers se faisaient plus rares, dont celui de la famille Lai, l’élite de la profession, qui ne produisait que le papier de qualité supérieure destinée aux brevets officiels. Du lac de l’Ouest à la rivière Tô Lich, les villages spécialisés se succédaient.
Très rapidement, dans les années 1920, le processus d’industrialisation se mit en marche. Le papier journal notamment, produit industriel par excellence, commença d’inonder le marché de la nouvelle colonie et précipita le déclin de la production locale. Les Français en vinrent à estimer nécessaire l’implantation de véritables usines sur le territoire, de ces unités susceptibles de traiter les bois locaux pour la production de fibres cellulosiques. A l’époque, l’Indochine vivait une véritable crise du papier qui entraînait des pertes financières considérables car le papier d’impression devait être importé de métropole. Pawlowsky résumait l’imbroglio de la manière suivante : « Nous importons nos celluloses des régions glacées du Nord où la végétation est la plus lente, comme si les contrées plus chaudes se refusaient à nous alimenter ». Or les essences d’arbres possédant les qualités requises étaient comptées. Elles le restent dans une large mesure dans un pays largement déboisé. Si le papier produit à l’usine de Bâi Bàng, fondée il y a trente ans avec l’aide suédoise, tire sa cellulose des eucalyptus qui hérissent les collines de la moyenne région, ceci se fait au détriment des sols progressivement acidifiés et rendus stériles par cette variété d’arbres trop hâtivement implantée pour ses qualités de pousse rapide.

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Ceci souligne que les choix antérieurs, ceux des papetiers vietnamiens ou chinois, étaient largement fondés ; toutefois ils n’étaient adaptés qu’à une économie où le papier restait d’un emploi rare, celle d’un pays très peu alphabétisé.
Actuellement, la production papetière reste insuffisante au Vietnam, elle couvre tout au plus un tiers des besoins nationaux et, faute de matières premières, le pays reste dépendant de la pulpe importée. L’offre n’est pas assez diversifiée et l’arrivée des papiers étrangers, dont l’accès a été facilité par l’entrée du Vietnam dans l’OMC, fait peser un risque important sur une activité en crise. Hormis quelques rares usines dignes de ce nom, les unités de production ne sont que des ateliers villageois à la technologie dépassée, produisant un papier de basse qualité. Leur taille trop réduite les oblige à acheter la matière première en petite quantité, donc à des coûts supérieurs. Aussi ferment-ils leurs portes les uns après les autres car ils ne disposent pas des moyens financiers leur permettant de mettre en œuvre le traitement des eaux usées que leur impose désormais la loi.
Le segment particulier des papiers de haute qualité, reprenant les principes des papiers traditionnels que nous évoquions, susceptible de générer une meilleure valeur ajoutée, n’est pas assez mis en valeur. Cette activité artisanale, totalement manuelle, a été abandonnée à Yen Thai au début des années 1980. Très gourmande en eau comme en bois de chauffage pour les fours, elle fut victime de la concurrence des papeteries industrielles. Pour retrouver les gestes d’antan, nous nous sommes rendus dans la province de Bac Ninh, plus précisément dans le village de Du’o’ng O, commune de Phong Khê, ciistrict de Yen Phong, une zone où la production papetière est encore une activité majeure puisque près de 3 000 personnes en vivent. De nos jours, si la production de papier dô subsiste, elle est devenue marginale, largement supplantée par celle du papier de récupération et celle de papiers votifs. Le savoir-faire reste intact, mêlé à quelques améliorations techniques et les gestes d’autrefois, comme le lever de la feuille de papier à la forme ou l’écorçage des lanières semblent immuables, parfaitement identiques aux gestes figés sur les clichés sépia.

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