Introduction 15

Hong
C’est un village de la banlieue sud de Hà Nôi spécialisé dans la fabrication des jouets en métal : son activité est-elle en voie de disparition ? Dans ce village, autrefois lové le long des berges de {a rivière Tô Lich, dans le sud de la capitale, une cinquantaine de familles s’adonnaient à la fabrication des jouets en métal recyclé (des lapins batteurs de tambours, des papillons à ressort et des bateaux que l’on pouvait faire naviguer sur l’eau grâce à beaucoup de doigté et d’huile à moteur !). Les artisans de ce village passaient leur temps à découper des tôles, marteler, souder et peindre des objets qui faisaient la joie des enfants à l’approche des fêtes de la mi-automne et du Tét. La rue Hàng Mâ, avant qu’elle ne soit envahie par des marchandises chinoises, vendait les produits de ce village.
En 2001, il ne restait plus que trois où quatre femmes, dernières héritières de ce savoir-faire original, qui pratiquaient encore cette activité. Ce village, maintenant complètement intégré dans le tissu urbain, ne se pâme plus le long de la célèbre rivière Tô Lich, dont Nguyën Trài, le célèbre poète et stratège vietnamien (Itinéraire 6) vantait la beauté et la richesse culturelle, mais le long de ce qui est devenu le plus grand égout de Hà Nôi.
On ne trouve ces jouets qu’au musée d’Ethnographie ou chez quelques commerçants de la rue Hàng Thiéc, la rue de l’Etain, qui ont mesuré l’attrait touristique de ces jouets multicolores, exotiques, légers et faciles à mettre dans une valise.

Xuân La
Ce village (Phu Xuyên, Hà Tây) est spécialisé dans la fabrication des figurines en pâte de riz (tô he). Depuis au moins trois siècles, on y produit ces jouets éphémères et colorés qui font la joie des enfants lors des fêtes et des sorties dans les parcs publics ou les marchés. Malgré la très faible rentabilité de cette activité et la concurrence inégalable des jeux vidéo importés de Chine, celle-ci se maintient. Ces jouets ont la particularité de pouvoir se consommer même après usage ! On compte encore au moins 300 artisans qui s’adonnent à cet art transmis de génération en génération. Les artisans de ce village, infatigables démarcheurs, sillonnent la région pour vendre et produire devant les entants ces petits jouets miraculeux et éphémères. Certains seraient même partis exercer leur art dans les pays voisins (Chine, Laos, Cambodge et Thaïlande).

L’histoire dans tous ses états : un « turn-over » rapide des activités artisanales
De ce rapide survol de plusieurs siècles de l’histoire de l’artisanat dans le delta du fleuve Rouge un sentiment d’éternelle répétition semble se dégager : l’histoire de l’artisanat est faite de récits racontant la naissance, la diffusion, la spécialisation, l’amélioration des techniques, puis la mort, et la résurrection d’activités. Elles se déplacent – les artisans migrent beaucoup et vont développer leurs techniques là où le marché leur est favorable, l’histoire de l’artisanat dans le sud du Vietnam fait remonter de nombreuses filières artisanales dans le delta du fleuve Rouge – et les artisans, malgré les vicissitudes de l’histoire économique de ce pays et des relations politiques difficiles avec leurs colonisateurs ou tutelles, sont toujours là. Des individus, qu’ils soient mythiques ou non, ont été à l’origine de la naissance de nombreux métiers. Chaque époque a été favorable ou préjudiciable à un certain type d’activité, ceci en fonction du dynamisme ou non de la capitale, de la nature du règne des princes qui régentaient le pays ou du changement d’influence des axes de communication et des marchés.

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• Le contexte économique sous-régional, mais aussi international, a eu un impact évident sur ces métiers : depuis le Doi Mâi, la concurrence de certains produits étrangers s’affirme (déjà à l’époque coloniale, le textile grossier avait souffert de la concurrence des cotonnades fines de fabrication européenne), la concurrence de la Chine est dramatique pour la production de la soie, les contenants en métal et en bambou…
• Les changements de mode – on ne porte plus de manteaux en feuilles de latanier, ni des chapeaux à plume de héron ! – et le développement de l’industrie ont sonné le glas de nombreuses activités.
• On assiste à la réémergence des activités liées aux cultes religieux (fabrication d’objets votifs en papier, sculptures sur bois et laque, articles en bronze et en cuivre pour les autels des ancêtres…) qui avaient été abolies pendant la période collectiviste, la religion était alors décriée !
• Des mesures politiques ou douanières ont pu tuer certains métiers, tout en dynamisant la reconversion d’autres. L’interdiction de la fabrication des pétards en 1994 a poussé à l’industrialisation les papetiers de Diïcfng Ô, alors qu’elle a fait disparaître de la carte de l’artisanat des villages de Hà Tây qui n’ont pas pu se reconvertir. La fabrication des pétards, alors implantée dans le district de Thanh Oai dans les années 1980 par les coopératives, avait supplanté la vannerie alors vacillante.
Système pré-capitaliste de production industrielle, l’artisanat, tel qu’il est organisé en clusters au Vietnam, n’a pas encore été balayé par le capitalisme, contrairement à la région Est et Sud-Est Asiatique où le libéralisme et la grande industrie (grande consommatrice d’une main-d’œuvre pas chère) ont sonné son glas. A l’ombre de la Chine, dont les entreprises sont difficiles à concurrencer, le Vietnam parvient à trouver sa voie et continue à produire des artisans. Mais jusqu’à quand ?
Ce rapide « turn-over » des activités artisanales montre à la fois la rapide réactivité des villageois (certains villages ont réussi à mécaniser leur production et à en augmenter l’envergure et embauchent une main-d’œuvre nombreuse), mais aussi la fragilité de certaines activités, très sensibles à la conjoncture économique et sociale et à l’enclavement géographique.
Une étude diachronique à partir de la cartographie des villages de métier dans les provinces de Hà Tây et de Bac Ninh, et, notamment, du recensement effectué par Pierre Gourou dans les années 1930 (voir carte p. 32), que nous avons confrontée aux recensements divers des années 2000, permet de déceler plusieurs tendances :
Hà Tây : la province aux mille métiers
Depuis l’époque coloniale, les activités artisanales ont beaucoup changé de configuration et de localisation dans cette province : la moitié des villages de métier ont perdu leur activité, un quart continue à l’exercer, tandis que les autres ont changé de métier.

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