Introduction 17

Une autre activité autrefois très présente dans cette province : le travail du bois. Une soixantaine de villages en avaient fait leur spécialité. Les charpentiers itinérants, les thd môc, se regroupaient dans une trentaine de villages, pour la plupart situés dans le sud de la province (Ung Hèa) dans une zone inondable pendant la mousson. Pierre Gourou en dénombrait 9 000 dans la province de Hà Dông, sur les 23 000 recensés dans le delta. Dans l’impossibilité de cultiver les terres en cette période, ces artisans partaient dans le delta – certains allaient jusqu’à Saigon – la moitié de l’année, pour construire les maisons et les édifices religieux. Les autres artisans du bois – laqueurs, scieurs de long, graveurs et sculpteurs, fabricants de machines outils – étaient dispersés dans la province.
Actuellement, le travail du bois occupe une main-d’œuvre nombreuse mais les métiers ont évolué : de nouvelles activités sont apparues (principalement la fabrication de meubles de qualité autour de Van Diêm ou de Chuyên Mÿ au sud) tandis que d’autres n’existent plus. Les thd môc ont disparu du paysage : les grands travaux hydrauliques de l’époque collectiviste permettent une double, voire une triple récolte de riz et la construction des maisons « en bandes » en béton qui ont remplacé la maison traditionnelle à lourdes charpentes en bois ont fait perdre les raisons d’être de ce métier organisé en corporations. Certains villages de thd môc ont pu se recycler dans la vannerie, activité demandant peu d’investissements, ou ont complètement abandonné l’artisanat. Seuls quatre villages de thd môc sont parvenus à maintenir une activité du bois dans d’autres districts de cette province, mais aucun dans le district de Ung Hôa, plus pauvre et éloigné des centres urbains. Au nord de la province, dans le district de Thach Thâ’t, un gros cluster de meubles de qualité moyenne s’est développé autour de Hüu Bang et de Chàng Son, autrefois peuplés d’artisans itinérants et de tisserandes. Le dynamisme de ce cluster qui produit des meubles uniquement pour le marché domestique atteint presque celui de Dông Ky à Bac Ninh. Tandis que Nhi Khê, spécialisé dans le tournage du bois (Itinéraire 5), a transmis son métier à deux anciens villages de thctmôc.

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Le village de Binh Vong, berceau de la laque dans la province de Hà Tây, a perdu son activité pourtant florissante à l’époque coloniale : les artisans se sont éteints un à un et la relève ne s’est pas faite. Après la guerre, on ne trouve plus de trace du métier, ainsi que du temple dédié au culte du fondateur. Il ne reste qu’un artisan de 90 ans qui ne produit plus. Ce village situé à proximité de la nationale Al et de la gare de Thiïcfng Tin s’est reconverti dans le commerce et personne n’a cherché à rétablir ce métier, le commerce apportant de meilleurs revenus. C’est le village de Ha Thai, aux activités artisanales (vannerie, objets votifs) et commerciales diversifiées et localisé à quelques kilomètres au nord, qui a pris la relève dans la seconde partie du xx‘ siècle. La plupart des grands artisans de ce village avaient été formés à Binh Vong.
Enfin, la vannerie qui occupe de nos jours plus de 40 % des villages de Hà Tây, était déjà dans les années 1930 très développée et répartie dans une cinquantaine de villages de la province. Pierre Gourou a dénombré 19 types d’ustensiles et d’objets fabriqués en cette matière : de la baguette utilisée pour saisir les aliments, aux coiffes, en passant par les engins de pêche et aux paniers de toutes sortes. En plus, la fabrication des objets en feuilles de latanier (chapeaux et manteaux de feuilles) occupait les artisans de plus d’une vingtaine de villages. Des villages spécialisés dans un type d’article étaient dispersés dans cette province, chacun approvisionnant la population locale.
La vannerie, très mouvante et fluctuante domine mais a changé de configuration spatiale et de type de productions. Même s’il existe encore dans ces villages quelques personnes âgées qui tressent toujours des nasses, des grands paniers pour porter le riz, des écopes… le gros de la production est destiné à l’exportation. Les objets décoratifs et de table (plateaux, paniers, vases, tableaux, lampes) sont vendus sur le marché asiatique développé ou en Occident.

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