Introduction 20

LES VILLAGES DE MÉTIER AUJOURD’HUI : DE NOUVELLES FORMES DE PRODUCTION

Entre 1995 et 2002, le nombre de villages de métier serait passé de 500 à 1 000 dans le delta du fleuve Rouge, ce qui représente 40 % des villages artisanaux du Vietnam. La moitié serait localisée dans un rayon de cinquante kilomètres autour de Hà Nôi. Le rapide développement des activités artisanales et surtout industrielles a généré une rapide croissance de la production, un élargissement de la surface de production et l’embauche de nombreux villageois sous- employés par les activités agricoles et travaillant en sous-traitance. Selon un rapport de la Banque mondiale de 1999, les villages de métier participaient alors à 41 % au PIB du secteur industriel et occupaient 64 % de la main-d’œuvre du secteur industriel non étatique. Le taux de croissance de la production artisanale et industrielle rurale atteint 9 % par an depuis la fin des années 1990 et le montant des exportations dépasse 600 millions de $US en 2003.
Certains clusters de villages pilotés par des villages de métier très dynamiques attirent dans un large rayon une main- d’œuvre nombreuse. Leur paysage a beaucoup changé, les familles ont des revenus en moyenne quatre fois supérieurs à ceux des villages agricoles. Les salaires s’échelonnent entre 500 000 VNB et 2,5 millions VND par mois, selon les tâches et les types de produits. Le niveau de vie des artisans s’est nettement amélioré et nombreux sont ceux qui ont investi dans la modernisation de leur habitat. Les villages se densifient et permettent à une population plus nombreuse d’y résider évitant ainsi la migration vers les villes ou les autres régions productives du Vietnam. Mais comment créer un nouvel espace artisano-industriel dans ces villages densément peuplés, nichés dans ce delta soumis aux inondations, sans porter atteinte à l’environnement, au patrimoine et à la culture multimillénaire de cette société profondément villageoise ?
Des entreprises familiales regroupées au sein de clusters de villages de métier
Les trois quarts des entreprises restent familiales et de petite envergure. Encore très manuel pour la plupart, l’artisanat se pratique dans des ateliers nichés au cœur des villages. Ces activités sont inscrites dans la vie et l’emploi du temps familial, les enfants et les personnes âgées participent secondairement à ces travaux. Dans la plupart des villages, ces métiers occupent plus de 50 % de la population active. Seuls les artisans les plus fortunés accèdent à des terrains à l’extérieur du village où des petites et moyennes entreprises s’installent et ont élargi et modernisé leur processus de production.
Le regroupement de la plupart des villages en cluster
La carte des activités artisanales dans les environs de Hà Nôi (page 33) montre un regroupement de villages de même activité, certains en comptant plusieurs dizaines, notamment dans la vannerie ou la broderie. Déjà, à l’époque coloniale, Pierre Gourou avait décrit ce phénomène, dit de regroupement en « clusters ». Celui-ci s’est confirmé avec le temps, et rares sont les villages qui n’appartiennent pas à ces agrégats. Seuls les villages de potiers qui ont survécu aux changements économiques et politiques du siècle précédent parviennent à effectuer l’entier processus de production au sein de leur village, tels Bât Tràng et Phù Lâng. Ces villages ont aussi la particularité d’être localisés le long des fleuves, axes de transport privilégiés pour l’approvisionnement en matière première et pour la vente de ces produits pondéreux et encombrants. Ils sont toutefois en contact avec des villages pourvoyeurs de main-d’œuvre ou de services.

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Un cluster est un regroupement géographique de villages spécialisés dans la même branche d’activité, dont les entreprises sont interconnectées, et au sein duquel existe une grande division du travail. Le développement de ce système de production territorialisé répond au besoin d’élargissement spatial de la production suite à l’ouverture des marchés. Il permet l’élargissement de la sphère d’embauche des ruraux dans les villages voisins, la création de nouveaux sites de production, la division du travail entre villages pratiquant des activités complémentaires ou en suscitant le développement d’activités de services commerciaux à l’amont ou à l’aval. Selon les activités, il existe tout un système de sous-traitance liant les villages plus dynamiques à leurs voisins plus récemment insérés dans les clusters, et entre les sociétés privées et les entreprises familiales. Les relations entre villages d’un même cluster et entre artisans se fondent en grande partie sur des relations familiales, amicales, politiques ou professionnelles dont les origines peuvent être fort anciennes.

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