Introduction 22

L’origine des clusters : une très grande division du travail et une spécialisation des villages
Pierre Gourou observe une tendance à la spécialisation des villages dans une activité, à la division du travail entre les villages et à leur intégration en groupes de production organisés autour de la production d’un même type d’article. Ce processus aurait débuté au XVIIe siècle, à l’époque où l’artisanat connut un rapide développement, dynamisé par la croissance de Hà Nôi. Il fallut rationaliser le processus de production qui se fonde sur :
• l’esprit de monopole organisé grâce à des règles sociales et des rituels. Un village qui a développé une industrie veut rester maître des procédés de fabrication que les villageois doivent garder secrets.
• la pauvreté des artisans qui cherchent à réaliser rapidement un bénéfice et qui n’avaient pas les moyens d’acheter beaucoup de matière première et d’immobiliser du capital. Un village ne suit pas d’un bout à l’autre la fabrication d’un article et vend son produit semi-ouvré à un autre village qui l’achèvera.

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Cette division du travail est particulièrement marquée dans l’industrie de la soie, dont les étapes du processus de production sont nombreuses et étaient entreprises par différents villages organisés en réseau de production : culture des mûriers et élevage des vers à soie, dévidage des cocons de vers à soie, filage de la soie, tissage et teinture. De nombreux villages de tisserands ne pouvaient pas élever de vers à soie, car leurs terres ne se prêtaient pas à la culture du mûrier. Par ailleurs, il existait une grande variété de soieries : l’organza, le brocart, le taffetas, le velours, les soies grèges… et chaque village de tisserand avait sa spécialité (Itinéraire 4). Ce fut les prémices du cluster de villages de métier. Par ailleurs, certaines activités allaient de pair : les artisans de laque de Binh Vong travaillaient souvent avec d’autres villages d’artisans du bois ou de vanniers.
L’utilisation fractionnée de la matière première pour la fabrication d’articles différents (tel le bambou ou les feuilles de latanier) explique aussi l’extrême interdépendance des villages. Un village n’utilise pour la fabrication qui lui est propre qu’une partie d’une matière première et vend la partie qu’il n’utilise pas à d’autres villages qui en ont besoin pour composer d’autres catégories d’objets. Les potiers de Bat Tràng se servent, pour préparer l’émail de leurs poteries, de cendres qu’ils achètent aux potiers de Dinh Xa qui fabriquent des poteries non vernissées.

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