Introduction 23

Un espace villageois soumis à un « stress » productif à dimension variable

En 1999, dans 28 % des localités du delta, la densité résidentielle dépasse 15 000 habitants au km2, chiffre semblable à celui du centre-ville de la capitale. Dans la plupart des villages de métier, l’activité artisanale s’effectue à domicile dans les résidences du cœur villageois. L’espace y est réduit et ne peut accueillir des activités demandant beaucoup de place, notamment des machines, ce qui pose un problème pour moderniser l’activité.
Dans les années 1990, dans les villages ayant amorcé un début de mécanisation de leur processus de production, ou élargi leur envergure de production grâce à l’accès aux marchés internationaux, les artisans les plus dynamiques, avec l’aide des collectivités locales, ont créé des nouveaux espaces de production là où il y avait de la place (le long des digues ou des routes, à l’emplacement des anciennes coopératives ou des bâtiments administratifs, ou à l’emplacement d’anciens étangs qui ont été comblés). Les Comités populaires des provinces, à la demande des artisans, ont pris des mesures pour changer le statut des terres agricoles en terre destinées à la production industrielle et ont créé des mini¬zones artisanales informelles. Avec leurs homologues de la commune, ils ont mis en place tout un arsenal juridique pour faciliter l’accès des terres aux artisans, dans un pays où les rizières sont sacrées et où l’on ne change pas facilement le statut des terres agricoles. Puis dans les années 2000, les Comités populaires des provinces ont édicté des politiques pour créer des sites industriels dans les communes les plus dynamiques.
Un espace de production à trois vitesses s’est mis en place :
• dans les sites industriels, des entreprises en voie de modernisation ont atteint un niveau de production de même niveau que celui des grandes entreprises formelles du secteur étatique ou privées à capitaux mixtes. Elles ont des coûts de production inférieurs et se sont insérées dans les niches productives de produits de qualité secondaire. Elles sont de plus en plus consommatrices d’espace et d’énergie.
• aux marges de l’espace résidentiel, le long des digues, à l’emplacement des anciens locaux des coopératives ou d’étangs qui ont été partiellement comblés, des entreprises ayant amorcé un début de mécanisation se sont installées.

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• dans l’espace résidentiel villageois, seules les activités manuelles ou utilisant des machines de petite taille se maintiennent. Les entreprises familiales, à faible capacité d’investissement, utilisent en grande partie la main-d’œuvre familiale ou rémunérée au forfait et font en grande partie de la sous-traitance. Malgré le bruit assourdissant de certains ateliers (métallurgie, papeterie et textile), ces activités sont tolérées.
Cependant, la mise en place d’une telle politique pose de graves problèmes, notamment du fait de l’expropriation des paysans de leurs terres, la spéculation foncière de la part des artisans les plus aisés, la construction de résidences à l’intérieur de ces sites industriels et la non mise en place des systèmes d’épuration des eaux industrielles. Le coût élevé des parcelles limite l’accès des plus petits artisans. Les différentes tentatives pour délocaliser la production de l’habitat sont vouées à l’échec, tant que l’on ne prendra pas en compte la sociologie particulière de ces villages de métier. Les artisans vivent avec leur activité. Ils sont en quelque sorte « mariés » avec elle. Leur emploi du temps quotidien est rythmé par elle. Il leur arrive de travailler la nuit pour assurer de grosses commandes. Pour mieux contrôler leurs ouvriers et protéger leurs biens, ils prêtèrent vivre et produire au même endroit. Toute la famille participe à la production : petits et grands en fonction de leurs capacités et de leur temps. C’est aussi un moyen pour transmettre un savoir-faire familial de génération en génération.

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