Introduction 24

Avec la croissance très rapide de l’envergure de la production, les ateliers villageois sont saturés de matières premières, de machines, d’employés. Les résidences de Difcfng O sont envahies par le papier recyclé, celles de Dông Ky par le bois et les machines. Dans celles de Dai Bai, des bassines de produits chimiques dangereux côtoient les ustensiles de la vie quotidienne. La pollution porte durement atteinte à la santé publique et notamment aux enfants qui sillonnent, à leurs risques et périls, dans un espace multifonctionnel et étroit. Dans les villages de la métallurgie, les risques sanitaires sont très élevés : maladies pulmonaires, stérilité des femmes, malformation des nouveau-nés (Institute of Environmental Science and Technology, 2002). Le manque de conscience de ces risques est largement partagé par la plupart des artisans, obnubilés qu’ils sont de développer leur activité à tout prix.
L’espace public est lui aussi envahi par les matières première et le meilleur lieu de stockage est, pour certains, la rue adjacente. Les collectivités locales ferment les yeux et n’ont de toute façon peu de moyens légaux pour empêcher les artisans d’en faire à leur guise. L’interaction entre lignages et collectivités locales est telle que rompre la solidarité villageoise mettrait à mal l’équilibre social.
Dans les villages de vanniers et de producteurs de produits alimentaires (vermicelles, levures…), les artisans sont confrontés à un manque de place pour faire sécher leurs produits. En saison des pluies, leur activité est sérieusement ralentie. Ces activités étant faiblement rentables, elles ne peuvent s’effectuer que dans les villages disposant d’aires de séchage comme les villages localisés le long des digues (Diïcfng Liêu et Minh Khai, Itinéraire 9). Elles sont circonscrites dans les parties du village où existent des terrains vagues ou chez les familles disposant de grandes cours. Cependant, le séchage des produits alimentaires le long de ces routes-digues très poussiéreuses pose des problèmes d’hygiène.
La rapide croissance des entreprises dans les sites industriels a cependant atteint ses limites en raison de la concurrence avec la Chine et entre les entreprises mécanisées de la zone, de l’élévation rapide du prix des matières premières (il est de plus en plus difficile d’importer du bois ou d’acheter des métaux recyclés) et du coût élevé des emprunts.

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Edifier un site industriel dans un village où les artisans n’ont pas beaucoup de moyens pose problème. A Dai Bai, les artisans qui ont fait l’acquisition d’une parcelle dans le site industriel prennent beaucoup de temps pour s’y installer. En 2008, quatre ans après son achèvement, seule une vingtaine parmi les 168 entreprises enregistrées y avait relocalisé leur atelier. Le manque de fonds, l’obligation de suivre les normes de construction imposées par le Comité de gestion, la nécessité d’hypothéquer leur résidence pour avoir des crédits et la longueur des démarches administratives à effectuer pour emprunter de l’argent freinent le processus de mise en place. Changer d’envergure de production et mécaniser son entreprise pour amortir les coûts de production plus élevés dans le site industriel ne peut se faire que dans un contexte économique favorable où les artisans contrôlent l’amont et l’aval de la chaîne de production. Enfin, s’éloigner des autres artisans faisant partie de la chaîne de production déstabilise l’organisation du travail. De nombreux artisans attendent qu’un nombre suffisant de leurs collègues aient déménagé pour les suivre. Dans le site industriel, l’emplacement des parcelles est tiré au sort et ne prend pas en compte l’organisation spatiale de ce territoire de production spécifique qu’est le cluster (Itinéraire 3, « à la conquête de la sainte bouilloire » à Dai Bai).

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