Introduction 25

Les défis à relever pour mieux aménager l’espace rural du delta du fleuve Rouge
Parmi les nombreux défis auxquels les villages de métier sont confrontés, notamment l’entrée du Vietnam dans l’OMC, qui implique tout un arsenal de mesures économiques pour mettre en conformité les entreprises et risque d’avoir des implications graves sur les ateliers artisanaux pour les trois quarts informels, nous n’en aborderons que deux, parmi les plus visibles dans le cadre de cet ouvrage : les problèmes environnementaux et l’amélioration de la qualité des produits.
Un défi environnemental difficile à relever
Le rapide développement des activités artisanales, et surtout industrielles, a généré de graves problèmes environnementaux et de santé humaine. L’espace original des villages de métier créé tout au long des siècles par la pratique de l’artisanat et la société villageoise est soumis à de fortes pressions, depuis que les méthodes de production ont changé de dimension. Dans cette région deltaïque à très fort peuplement, le territoire agricole est maillé par un dense réseau hydraulique, imbriqué dans l’espace de production artisanal. Alors que les infrastructures hydrauliques ont été conçues et modernisées au niveau communal, dans le but d’assurer la production agricole et de protéger la population contre les inondations, le réseau hydraulique a été détourné de son usage premier. Certains cours d’eau et points d’eau à vocation d’irrigation et de drainage, ou de pisciculture, sont devenus de véritables «dépotoirs» pour les entreprises artisanales et industrielles qui s’installent de préférence à leur proximité. Comme il n’y a pas de réseau permettant de drainer séparément les eaux agricoles et les eaux usées industrielles, les polluants émis par les villages de métier sont diffusés et déposés dans les cours d’eau et ensuite sur les terres agricoles.
La pollution des eaux dans certains villages de métier (producteurs de papier, de métaux, de textiles…) a atteint des niveaux très élevés en métaux lourds, en acides et en coliformes…, (DiGregorio M. et al., 1999) hypothéquant les rendements rizicoles, et par là même la santé publique des habitants, tout en se diffusant dans les terroirs voisins. La fumée des fours à charbon des céramistes introduit dans l’air des poussières nocives pour la santé des villageois.

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Les petites entreprises rurales sont moins directement polluantes que les grandes usines, car elles utilisent les matières premières recyclées qui demandent moins de produits chimiques pour être traitées, et consomment moins d’énergie. Toutefois, du fait qu’elles sont nombreuses, dispersées dans l’espace et localisées dans les centres villageois, elles causent de graves dommages pour la santé humaine et l’environnement.
La multiplication d’entreprises artisanales familiales, individuelles sans capitaux pour investir dans le traitement des eaux, le manque de place pour élargir la production et la rendre plus appropriée pour la santé humaine, le manque d’instances coopératives et communautaires qui permettraient de traiter de manière collective les déchets, sont autant d’éléments qui mettent en péril ces activités. Certaines entreprises très consommatrices d’eau (métallurgie et papeterie) ont entrepris de foncer des puits artésiens, ce qui à terme risque de créer des phénomènes de subsidence, dans un delta déjà soumis aux inondations. Toutefois, les grandes entreprises de la papeterie ont dû installer des systèmes très coûteux de recyclage des eaux en circuit fermé, car les puits artésiens ne leur suffisent pas. Ils rejettent ainsi très peu d’eaux usées dans les canaux et polluent beaucoup moins les eaux d’irrigation que les petites entreprises. La construction de cheminées de haute taille pour disperser dans l’air les fumées nocives pour la santé humaine n’est pas à la portée des petits artisans.

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