Introduction 26

En l’absence de réel plan d’aménagement du territoire productif de la part des Comités populaires locaux, les stratégies individuelles et dispersées des artisans les plus fortunés, la densification de l’espace bâti et son extension sur des zones inondables risquent à court terme de créer des problèmes d’encombrement (la voirie n’est pas adaptée), d’aggraver les risques d’inondation en période de mousson, de créer des problèmes sociaux entre villages et entre artisans et paysans expropriés, au risque de fragiliser la cohésion productive au sein du cluster.
Les Comités populaires des communes ont très peu de pouvoir financier ou politique pour gérer ces espaces en voie d’industrialisation. Les règlements en matière de gestion des espaces industriels ne sont pas appliqués, et les lois traditionnelles de protection de l’environnement sont dépassées face à l’invasion des espaces publics par les déchets de toutes sortes et les matières premières.
La labellisation des produits artisanaux
L’intensité de la concurrence entre villages spécialisés dans le même secteur s’est aggravée avec la croissance du nombre de villages de métier et l’augmentation du volume de leur production. Pour baisser leurs coûts, de nombreux artisans utilisent des matières premières de faible qualité ou compressent les salaires, ceci au détriment de la qualité finale des produits. Le cas de Van Phüc (Itinéraire 4) est symptomatique de cette tendance. Alors que les artisans de ce cluster de la soie, si réputé à l’époque féodale, avait atteint des niveaux de technicité très élevés – une part des articles servait au paiement du tribut à la Chine ou à l’aristocratie hanoienne, ce qui obligeait les artisans à suivre des normes de qualité – de nos jours les fils de soie synthétique envahissent les ateliers. Aucun label ne peut protéger les quelques rares maîtres artisans qui fabriquent des tissus en soie pure. Le nivellement par le bas risque de porter fortement atteinte au nom de ce village. Le même problème se pose à Ha Thài (Itinéraire 5), spécialisé dans la laque. Les résines synthétiques ont remplacé le son ta, originaire de Phü Tho.

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Par ailleurs, les droits de propriété intellectuels ne sont pas respectés. Certains villages dynamiques ont su développer une activité à l’origine initiée par leur voisin qui, n’ayant pas pu s’adapter au nouveau contexte de production et de commercialisation, s’est vu « rafler » ses parts de marché. A Dông Ky, certains de ses artisans, fiers de leur audace et de leur esprit d’entreprise, affirment même qu’ils « ont volé le métier » des menuisiers, des sculpteurs et des incrusteurs de nacre des communes voisines. Dans le domaine de la céramique, le célèbre village de Bat Tràng, très bien intégré dans les réseaux de commercialisation, est à la recherche de nouveaux types de poterie à vendre. Un certain nombre d’artisans-commerçants de ce village vendent des poteries artistiques de type « Phù Lâng », village qui rencontre de gros problèmes pour commercialiser sa production. Ils achètent la glaise à Phù Lâng, embauchent des artisans de ce même village et leur font produire des céramiques selon le même modèle. Ils disent que ce sont des objets « made in
Bat Tràng » qu’ils arrivent à vendre trois à quatre fois plus chers que dans le village d’origine.
Pour motiver les artisans les plus audacieux et créateurs à innover, il importerait de protéger leur savoir-faire et la qualité de leurs produits. L’idée de labelliser certains produits artisanaux commence à faire son chemin et intéresse les départements du commerce des Comités populaires de provinces. Cependant, ce projet rencontre de nombreux obstacles inhérents à la faible qualification de la plupart des artisans, pour la plupart ayant une petite envergure de production, au choix de préférer la quantité à la qualité, plus rentable à court terme.
Pour enregistrer un label, il faut suivre un cahier des charges, à savoir des critères de qualité et des processus techniques à respecter. Il faut que les artisans qui maîtrisent les techniques puissent contrôler dans le cadre d’associations de producteurs le travail de leurs collègues. Cependant, il n’existe pas encore de telles associations. Les quelques associations de producteurs de laque, de papier ou de meubles regroupent des artisans souvent en concurrence. Les origines très variables des matières premières et la fragmentation du processus de production en une multitude d’ateliers, rendent de même difficile toute évaluation de la qualité du produit fini et le suivi du cahier des charges associé à l’application d’un label. Selon certains artisans talentueux, il faut d’abord améliorer la qualité du travail et ensuite imposer des labels.
C’est un projet à long terme, car il faut en faire prendre conscience aux artisans.

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