Introduction 28

« Sous le règne de Lê Thânh Tông (1460-1497), on imposa la disparition des divinités villageoises au profit de grandes figures héroïques tirées du panthéon national. Cela marqua le début d’une constante intervention des autorités mandarinales dans la vie politique, économique et culturelle des villages » (Papin P. et Tessier O., 2002).

Les festivals villageois sont organisés en principe pour rendre un culte au génie tutélaire ou autre esprit protecteur de la communauté villageoise. Le génie tutélaire peut être un personnage historique ou mythique qui a soit apporté une importante contribution à la construction du village, soit aidé le pays à bouter l’envahisseur, soit enseigné un métier aux villageois. Un homme ordinaire, et même un mendiant ou un voleur, peut devenir un génie, à condition de mourir à l’heure sacrée. Il en est de même pour les enfants naturels et les couples incestueux. Les autorités ne voient pas toujours d’un bon œil ces cultes, surtout si les génies ne sont pas honorables. Mais les villageois respectent leurs génies, sans se soucier de leur moralité. La prospérité ou la misère, les bonnes ou mauvaises récoltes, la santé, la protection contre les épidémies dépendent de la protection du thân thành hoàng (littéralement, le génie des remparts).

« Dans une localité dont on tait le nom, le génie du village est réputé pour sa salacité. Quand une femme passe devant son autel, elle doit s’incliner en soulevant sa jupe pour le contenter » (Nguyën Vàn Kÿ, 1995).
Lorsque l’Etat parvient à faire appliquer ses décisions par le village, qui finit par adopter un héros du panthéon natitonal comme génie, on glisse dans son armée de serviteurs le génie « non moral » tant choyé. Ceci constitue un des aspects du secret qui protège le culte du génie tutélaire. Cette diversité de génies montre la singularité des villages du delta. « Il y a en principe autant de génies que de villages » (Nguyën Van Ky, 1995). Nguyën Vàn Huyen dénombre environ 770 génies dans la province de Bac Ninh dans les années 1940.

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« Le culte rendu aux thân thành hoàng est devenu un élément structurant des villages…. Ce culte est chargé de résoudre les tensions et contradictions qui sont apparues, à partir du XVe siècle, entre d’une part les besoins inhérents à la construction d’un Etat confucéen et centralisé pour exercer son autorité jusqu’au moindre village et, d’autre part, les aspirations des communautés villageoises à l’autonomie.
Cette contradiction était à la fois politique, culturelle et religieuse. C’est une concession entre la coutume du village et le règlement de l’Etat, entre les cultes locaux et le confucianisme officiel, entre l’autonomie des communautés rurales et l’impératif d’unité nationale soutenue par une cour impériale désireuse de promouvoir l’avènement d’un Etat centralisé au Vietnam » (Dang Thé Dai, 2002).
Les festivals sont l’occasion de raviver la mémoire villageoise, de revivifier les solidarités entre artisans et entre les lignages et de regrouper la diaspora des artisans parfois dispersés dans tout le pays (Dai Bai, Itinéraire 3). Cette interaction de la vie rituelle avec le monde des actions humaines fournit un contexte pour l’application des sanctions inscrites dans les statuts du village, ainsi qu’une scène sur laquelle peut s’exprimer la concurrence hiérarchique au sein du village. Elle sert également à faire appliquer les secrets de fabrication du métier artisanal du village, leur monopole de facto sur certains produits et techniques (DiGregorio, 2001).
Sur une centaine de festivals recensés dans le delta (voir calendrier des principaux festivals en annexe), la moitié se tient en février lunaire, quinze en janvier, après le Nouvel An, le Tét, treize entre les mois de mars et d’avril. Pendant les mois de mai et de juin lunaire, rares sont les festivités. En novembre, quelques festivals sont organisés.

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