Introduction 29

D’après ces informations, seule une vingtaine de festivals rendent un culte à des ancêtres fondateurs de métier. De nombreux villages ont perdu le lien avec l’histoire (notamment pour les métiers destinés à la vie quotidienne, comme la vannerie). Un tiers de ces festivités est dédié à des génies tutélaires, génies de la montagne ou des eaux, personnages mythiques, comme Lac Long Quân, le « père » des Vietnamiens, un autre tiers à des princes ou princesses, ou des généraux ayant combattu victorieusement « l’ennemi » chinois, tel Tran Hiïng Dao (1228-1300). Les pagodes les plus célèbres organisent des festivals annuellement.

La province de Hà Nôi concentre une part très élevée de ces festivités (40 %), ce qui montre que malgré l’urbanisation, les cultes traditionnels se maintiennent, puis Hà Tây (19 %), Bàc Ninh (14 %), le restant se répartit dans les autres provinces du delta. Les festivals villageois sont souvent un mélange harmonisé de vestiges d’animisme autochtone avec des éléments de confucianisme, de bouddhisme et de taôisme. Comme les autres pays de l’Asie sinisée (Japon, Corée…), les Vietnamiens croient que des divinités, des génies et de mauvais esprits résident dans les rivières, les montagnes, les roches, les arbres, le vent et la pluie. Les croyances animistes sont au cœur de la religion vietnamienne ; le bouddhisme, le confucianisme et le taôisme ne font souvent qu’y apporter un vernis.

Les fêtes et les cérémonies soulignent les débuts des cycles de production : ouverture de la saison de chasse, ou de culture, fin de la récolte… C’est le temps du retour à l’ordre primitif de l’univers qui présidait à l’origine de la vie ; fêtes et cérémonies aident à revivre cette aube de l’humanité. Elles simulent non seulement la création mais permettent aussi à l’homme de se libérer des contraintes de la société. Elles brisent les usages, les tabous, engendrent un chaos nécessaire pour saborder toutes les barrières, créant une harmonie humaine au sein de la communauté (Hüfu Ngoc, 1999).

A voir: agence de voyage spécialisée vietnam | Ninh Binh

Le temps des fêtes transcende le quotidien, l’ordinaire et permet aux hommes de vivre dans un temps irréel. Cependant, ils présentent sur la place publique les activités de production (et de reproduction !) et les comportements de la vie quotidienne. Ce sont des scènes de beuveries et de ripailles, de flirts de la vie ordinaire qui sont stylisées au point de devenir symboliques (Hüfu Ngoc, 1999).
Les festivals se déroulent parfois pendant plusieurs jours et comprennent deux types d’activités : une cérémonie avec des rituels inspirés du confucianisme (culte des ancêtres, culte d’objets tels que les trois animaux sacrificiels, offrande de fruits et de fleurs et consumation d’encens et de papiers votifs), des processions en palanquins des génies ou ancêtres vénérés qui se déroulent dans les lieux sacrés (dinh, pagodes et temples). L’autre partie du festival est ludique : divertissements populaires tels que la balançoire, les échecs vivants, les combats de coqs, les concours de cuisson de riz et les représentations d’opéra populaire. Des rituels autour de l’eau ont lieu dans les villages situés au bord des fleuves et des lacs : on lave la statue des saints, on invoque les dieux pour faire venir les pluies… et des spectacles de marionnettes sur l’eau sont donnés.

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply