Introduction 3

Échanges techniques et commerciaux avec la Chine

L’origine de ces métiers a pu se perdre dans les limbes de l’histoire comme elle a pu faire l’objet de transcriptions écrites dans les registres généalogiques, ou sur les sentences parallèles, soigneusement gardées dans les nhà thb ho, les maisons des ancêtres des célèbres lignées villageoises. Mais les dernières guerres ont gravement porté atteinte à la mémoire villageoise avec la disparition ou la destruction de ces registres.

Mythes de fondation, inspirés de la réalité ou pas, l’origine chinoise d’une grande part de ces métiers semble acquise par de nombreux écrits. Certains métiers aux techniques compliquées, comme la céramique, la broderie, la joaillerie, le martelage des métaux, le tissage de la soie, auraient été initiés par des ancêtres fondateurs, mandarins partis en ambassade en Chine pour de longs séjours. Ces missions diplomatiques ont favorisé les échanges et permis de recueillir des connaissances et des savoirs techniques 3 (Papin P., 2001). D’autres métiers auraient été introduits dans les villages par des artisans réputés, tandis que des « post-ancêtres », certains étant des mandarins ou des moines qui avaient beaucoup voyagé, auraient initié de nouvelles techniques (Bai Bai, Itinéraire 3 et Chuôn Ngo /Cûu Lâu /Hàng Khay, Itinéraire 6) et amélioré la qualité de l’artisanat. Ces savoir-faire enseignés par des étrangers ou des membres éminents du village étaient considérés comme des témoignages de reconnaissance pour des villageois que la riziculture nourrissait mal dans cette plaine trop peuplée. Des cultes et des édifices religieux leur furent destinés en remerciement et font l’objet annuellement de festivals.

A voir: agences de voyage au vietnam | Ninh Binh

Les relations de vassalité envers l’ancien colonisateur chinois (pendant plus d’un millénaire, le Vietnam fut sous domination chinoise : de – 111 AC à + 938 de notre ère) furent sous-tendues par la remise de tributs artisanaux par l’État féodal vietnamien pendant plusieurs siècles. Celui-ci contrôlait ses sujets et imposait de nombreuses taxes, corvées :

il recrutait aussi des militaires… les artisans étaient lourdement imposés, lorsqu’ils n’étaient pas tout simplement réquisitionnés et amenés de force de leur village pour travailler dans les fabriques de l’Etat (chantiers navals, armureries, frappe des monnaies), ou à la construction de demeures et de palais pour l’élargissement de la ville au XVIe siècle et au XVIIe siècle en vertu du système công ttiüng, équivalent aux corvées (Nguyën Thù’a Hÿ, 2002).

L’impôt foncier servait à payer le tribut à l’Empire du Milieu :

« Dans une liste des produits acceptés en 1724 en remboursement de l’impôt foncier,- sont énumérés l’alcool, les cotonnades lines, les cotonnades ordinaires, les soieries unies, les soieries dites Y La, les gazes, les satins, diverses qualités de papier, les nattes ordinaires, les objets votifs en papier… » (Gourou P., 1936).

Au XIXe siècle, les artisans, s’ils voulaient être exemptés de travaux obligatoires ou du service militaire, devaient rejoindre des corporations de métier et payer en nature leurs impôts, tout en produisant selon les normes imposées par l’Etat. La Khê devait payer annuellement 600 pièces de soieries ; à Bat Tràng chaque artisan devait payer 300 briques de qualité ; les corporations de Yên Thâi et Hô Khau étaient imposées de plusieurs centaines de feuilles de papier de qualités variées (Nguyën Thùa Hÿ, 2002).

Des relations commerciales spécifiques avec les villes du delta Le quartier des 36 rues : le lien entre la capitale et les villages artisanaux

Ces métiers ont depuis le début été intégrés dans des réseaux de relations anciens, liés à la capitale par le « Quartier des 36 rues et corporations » et aux zones d’extraction de la matière première, aux marchés nationaux et internationaux (surtout la Chine).

Hà Nôi, à travers ce quartier, constitue une des premières destinations où les touristes peuvent appréhender la culture artisanale du Nord-Vietnam et l’importance de son ancrage territorial. En effet, au xvir siècle, il était organisé en rues spécialisées dans un type d’articles fabriqués dans des villages de métier localisés dans le delta du fleuve Rouge ou à proximité de la capitale, autour du lac de l’Ouest. On comptait une centaine de rues, et non 36, chiffre choisi car faste. Chaque rue portait le nom de la marchandise qu’on y vendait : rues du Sucre, du Chanvre, des Cartes, des Teinturiers, des Tasses, du Coton, des Poulets, des Plateaux, de l’Etain, des Tambours, des Eventails, des Peignes… (Papin P., 2001). Les marchands étaient parfois eux-mêmes des artisans. On édifia alors maints lieux de culte des ancêtres des métiers .

Chaque rue était habitée par des artisans d’un ou de plusieurs villages qui pratiquaient la même activité : dans la rue Hàng Bac, la rue des Joailliers, on trouvait des artisans originaires du village de Dinh Công (district de Thanh Triv , Hà Nôi), spécialisé dans les bijoux en argent, du village de Trâu Khê (district de Binh Giang, Hâi DufOng) et Dông Xâm (Thài Binh), spécialisés dans la fabrication de la vaisselle en argent. La rue Hàng Dông s’adonnait à la fabrication d’objets en bronze et en cuivre et à la vente d’articles originaires des villages de Dai Bai et de Ngü Xa.

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