Introduction 32

En général des groupes sociaux bien définis participent aux jeux populaires dans les villages : les joueurs doivent remplir les conditions exigées par les coutumes, lesquelles reflètent la structure de la hiérarchie sociale. Certains jeux n’admettent que des garçons et des filles célibataires (la danse mimant l’acte sexuel), d’autres n’admettent que des quinquagénaires (jeu du môc tât) ou préconisent un âge déterminé. Le jeu parfois est un vestige des formes de mariage collectif aujourd’hui disparu : ainsi les régates de Dào Xâ (province de Vînh Phuc). Deux barques décorées de têtes de dragon et d’oiseau, symbolisant le yang et 1t yin, rappellent le mariage de deux groupes appartenant à deux clans. La trace la plus visible de cette division de la société se voit dans 1 egidp caractéristique de la communauté villageoise Viêt. Le giâp, subdivision du hameau, rassemble les membres masculins du village, selon l’aire d’habitation. Il n’en existe plus, mais son rôle subsiste, en particulier dans l’organisation des fêtes. Le jeu resserre l’union entre les groupes sociaux existants (âge, sexe). Les groupes d’âge, les destinées différentes des individus, les différences entre groupes sociaux ou entre ethnies influent sur le contenu et les fonctions du jeu sur le plan culturel.

Le jeu reflète aussi des croyances anciennes encore vivaces. L’idée première des fêtes printanières, c’est le vœu d’une année clémente pour les moissons, vœu lié aux croyances de la fécondité. Il s’extériorise le mieux dans la renaissance universelle et trouve son expression dans le culte de l’organe génital ou des relations sexuelles. Tout cela relève du culte du linga et ànyoni dont les vestiges peuvent être trouvés dans le culte de la « pierre-mère » ou de la coutume consistant à frotter la tête du Bouddha en faisant le vœu de tomber enceinte.
Dans le Vietnam ancien, les emblèmes sexuels ont été retirés de la religion officielle, car en contradiction avec le Confucianisme. On en trouve des traces dans les fêtes villageoises. La coutume de l’extinction des lumières pour que les hommes et les femmes puissent se taquiner librement et même se livrer à des actes sexuels était pratiquée lors de certaines fêtes – festival de Nga Hoàng (commune de Yen Giâ, district de Que Vô, Bac Ninh), du 6e au 15e jours du premier du calendrier lunaire, (voir calendrier en annexe). Né d’après les croyances relatives à la fécondation, le culte des phénomènes naturels (lune, soleil, vent, pluie, tonnerre, foudre, terre…) a inspiré de nombreux jeux. On mimait les trajectoires des astres ou les phénomènes naturels (Hïïu Ngoc, 1999).

Les régates constituent un rite lié à la Fête des Eaux commune à tous les peuples planteurs de riz et de pêcheurs du Sud-Est asiatique. Selon les archives chinoises, ces manifestations apparurent tout d’abord dans le sud du Yang Tsé. Les régates sont liées au culte du Génie des eaux célébré au début de la saison des pluies ou de celle des crues (de la 3e à la 5e lune) – qui correspond à la saison des orages – et de celle du retrait des crues (fin de la 8e et début de la 9e lune). La fête évoque l’orage avec ses pluies bienfaitrices pour le riz. D’autres régates marquent la fin de l’automne.

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La même remarque s’applique au jeu du cerf-volant. Dieu (cerf-volant) désigne le vautour. Dans la mythologie du Sud-Est asiatique, l’oiseau de proie est le symbole contraire du poisson et du serpent aquatique lesquels représentent la pluie et les crues. Les fêtes de cerf-volant sont organisées vers la fin de l’automne (au 9e mois) quand se termine la période des hautes eaux. L’oiseau symbolise aussi le soleil qui par ses rayons dissipe l’obscurité de la saison des crues : ce jeu est lié à l’ancien culte du soleil chez les Viêt.
Certains jeux comme la balançoire et le « tir à la corde entre deux équipes » semblent être de pures distractions populaires. Mais dans le cadre des fêtes rituelles, ils rappellent le mouvement cyclique des saisons qui donne l’harmonie à l’univers. La balançoire trace une trajectoire déterminée, sur elle se tient un couple portant des ceintures flottantes de soie rose, le mouvement évoque le cycle des astres.

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