Introduction 34

UN RICHE PATRIMOINE ARCHITECTURAL NICHÉ DANS LES VILLAGES DU DELTA
La civilisation traditionnelle nord-vietnamienne est fondamentalement villageoise. La fonction intellectuelle ne se confond pas avec la ville, mais se trouve aussi à la campagne autour des lettrés vivant dans leur village. Les édifices religieux tels les pagodes et les temples sont dispersés dans la campagne. Contrairement aux pays occidentaux, la majorité de l’héritage culturel et architectural du delta (80 %) se trouve éparpillée dans les campagnes.
A l’époque féodale, le village jouait un rôle politique important et cette fonction a donné lieu à la construction d’édifices de grande valeur architecturale, telles les maisons communales ou dinh. Lorsque que la dynastie des Ly transféra la capitale du Vietnam de Hoa Lit à Thâng Long, l’âge d’or de la construction des pagodes commença, et ce, principalement dans le Kinh Bac (province correspondant aux actuelles provinces de Bac Ninh et de Bac Giang, au nord).
« Les bâtiments encore visibles dans les villages aujourd’hui (maisons communales, pagodes, temples, maisons de culte lignagier, sanctuaires au « prince propagateur des belles lettres »….) sont tous directement issus de la grande tradition confucéenne, centralisatrice et mandarinale, et reflètent assez peu ce que peut être la culture populaire à proprement parler ». (Papin P. et Tessier O., 2002)
Les portails des villages, en général en brique et souvent très décorés, rappellent l’antique pouvoir villageois et la cohésion de ces lignages bien à l’abri derrière la haie de bambou qui ceinturait le territoire villageois et le protégeait contre les incursions extérieures. Ils font partie du paysage des campagnes du delta du fleuve Rouge, au même titre que les arbres séculaires, les plans d’eau et les ponts qui franchissent les multiples cours d’eau environnant les villages. Sur certains ponts, des petits temples sont dédiés aux génies’fonciers.
A la différence des dynasties antérieures (Dinh et Lê), les Ly (1010-1225) ont manifesté un certain effort pour désiniser leur culture. Il en résulte une florescence artistique dont on ne peut pas encore mesurer l’importance et dont les vestiges les plus typiques sont liés au culte des quatre déesses-mères bouddhiques.
Ces édifices religieux, politiques et culturels sont de plusieurs types :
• Les pagodes, ou chùa, destinées au culte de Bouddha et en même temps lieu de séjour des bonzes. Au XIe siècle,
les pagodes étaient de très grande taille et essentiellement construites par l’État dont le Bouddhisme était la religion.
Elles sont classées en trois catégories :
• les pagodes d’Etat (Dai danh lam) servaient également de lieu de séjour au roi pendant ses tournées. Elles étaient construites à l’écart des villages, souvent sur une colline ;
• les pagodes régionales, site moyen {Trung danh lam) ;
• les petits sites, en général pagodes de villages ( Tieu danh lam). Les stuppa sont les tombeaux des bonzes.
Par la suite – après que la commune eut atteint un stade de développement plus élaboré – les pagodes de village sont devenues le lieu dans lequel le village conservait les registres de ses réglementations. Parmi ceux-ci figuraient les registres des cotisations prélevées pour les activités collectives de la commune. Ces registres étaient conservés pour permettre de lever des impôts. Dans la maison communale ou la pagode, on vouait un culte aux personnes à qui était conféré le titre de hâu (éligibilité pour pratiquer les sacrifices à Bouddha), avec l’accord de la commune (Pham Thi Thùy Vinh, 2003). L’architecture de ces pagodes est en général raffinée, elles sont souvent entourées de jardins.
• Les maisons communales ou dinh : le dinh symbolise le pouvoir villageois. Il esc d’une part le lieu où l’on rend hommage à la divinité tutélaire du village et le lieu de réunion pour discuter les affaires courantes (taxes, corvées, répartition des terres ou organisation des festivals). Leur architecture est en général majestueuse. Leur intérieur est richement décoré de sculptures et de gravures, les lourdes charpentes en bois sont ornées de bas-reliefs. Au XVIIe siècle, la construction de toute une série de maisons communales au style architectural très élaboré montre que la structure villageoise devint à 1 epoque unifiée et clairement réglementée. La maison communale est le lieu où le tuông (opéra théâtral traditionnel), le chèo (opéra populaire), la musique, la sculpture, la peinture, la décoration, l’artisanat, les marionnettes sur l’eau, la danse, le chant, les arts martiaux – autrement dit, toute la vie culturelle du village – se sont développés. La plupart des dinh ont été construits selon les règles de la géomancie : ils font face à des plans d’eau ou sont édifiés le long des digues, ouverts sur les fleuves. On compte un très grand nombre de dinh le long de la rivière Dày (province de Hà Tây). Nous en présenterons plusieurs dans les villages de métier mentionnés dans cet ouvrage.
• Temple ou miéu : c’est le lieu de culte des divinités qui apportent secours et protection aux habitants du village. Ils sont d’une taille et d’une architecture bien plus modeste que les maisons communales et les pagodes. La plupart d’entre eux comportent une seule pièce, sauf si on y voue un culte à un roi ou à des dignitaires de haut rang.
Puis toute une hiérarchie d’édifices, aux fonctions diverses, sont dispersés dans les villages et sont représentatifs de la richesse des villages à un moment de leur histoire. Dans les villages de commerçants, de mandarins, d’intellectuels ou d’artisans on en recense un grand nombre.
• Temple/sanctuaire ou tù : temple destiné au culte public de tout le village, construit avec un toit couvrant et une plate-forme pour les offrandes. On y vénère soit un bienfaiteur du village, soit un personnage légendaire censé avoir aidé les villageois.
• Monument commémoratif ou tù chî : lieu de culte public des bienfaiteurs du village. Le culte a lieu devant les villageois et les descendants de la lignée du clan du bienfaiteur. Ce monument consistait en une parcelle de terrain encerclée d’un mur mais sans salle d’offrandes.
• Maison des ancêtres ou tù dtidng ou nhà thb ho : lieu de culte des ancêtres vénérés par les membres du lignage. Les lignages importants, en particulier ceux des fonctionnaires et diplômés, faisaient construire ces édifices. Le culte des ancêtres et des lignages n’a cessé de se développer. Les villages qui comptaient de nombreux dignitaires apportant une contribution financière aux affaires publiques locales leur faisaient construire des monuments commémoratifs, des mémoriaux vivants et des mausolées. Ils sont très nombreux dans les villages de métier les plus riches.
• Mémorial de la littérature ou van chî : lieu de culte des diplômés du village, fondé par l’association littéraire du village.
• Mausolée de fonctionnaire : lângmô.
• Poste de surveillance ou diê’m : ceux-ci sont apparus au moment où l’organisation du village est devenue assez élaborée. Chaque venelle ou gidp avait son propre poste de surveillance, qui servait d’abri et de lieu de repos aux autochtones pendant la journée, de bivouac pour les veilleurs de nuit et de poste de contrôle des étrangers qui avaient l’intention d’entrer dans la venelle ou gidp.
Des stèles sont souvent situées dans des lieux servant aux activités de la vie quotidienne, tels que les ponts et les marchés, mais on en trouve aussi dans les pagodes célèbres (Phù Ninh, Itinéraire 2). Ils servent à informer les passants des origines de chacun de ces lieux et à faire l’éloge des bienfaiteurs qui ont apporté une contribution au village chaque fois qu’un pont ou qu’un marché a été construit ou réparé (Pham Thi Thùy Vinh, 2003).
Ces différents éléments du patrimoine architectural et religieux sont mentionnés dans les dix itinéraires qui suivent et, pour les villages les plus prestigieux, localisés sur des cartes pour faciliter leur accès.

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