Introduction 36

De nombreux événements organisés pour promouvoir le tourisme culturel
La notion de « tourisme de qualité» fut définie par la Convention sur le Tourisme adoptée par les États membres de l’ASEAN lors du sommet de Phnom Penh (4/11/2002). Selon cette Convention, les États membres garantiront un « tourisme de qualité» par le respect des directives suivantes :
• en encourageant tous les niveaux de gouvernement et les autorités locales à mener des programmes assurant le maintien, la conservation et la promotion du patrimoine naturel, culturel et historique des États membres ;
• en encourageant les visiteurs à étudier et à respecter le patrimoine naturel, culturel et historique des États membres et à contribuer à sa préservation ;
• en encourageant, là où cela est opportun, l’adoption de critères de gestion et de programmes d’authentification pour un tourisme durable et pour l’évaluation et le contrôle de l’impact du tourisme sur les communautés locales, la culture et la nature, particulièrement dans les zones sensibles d’un point de vue environnemental et culturel ;
• en promouvant l’emploi de technologies respectueuses de l’environnement afin de préserver et de conserver le patrimoine naturel, l’écosystème et la biodiversité et pour protéger la faune et la flore en danger ;
• en renforçant les mesures pour empêcher les nuisances liées au tourisme et l’exploitation du patrimoine culturel et des ressources naturelles ;
• en prenant des mesures sévères pour empêcher les abus et l’exploitation des personnes liées au tourisme, particulièrement les femmes et les enfants (Nguyën Kim Dung, in : Musée royal de Mariemont, 2006).
Le musée d’Ethnographie : un espace vivant sur les villages artisanaux1
Le musée d’Ethnographie du Vietnam, installé à Hà Nôi, dans le quartier de Câu Giây (le Pont de papier) a été inauguré en 1997, en partenariat avec le musée de l’Homme de Paris. Il se consacre à l’étude des 54 peuples qui composent le Vietnam au travers de la présentation de 25 0000 objets de leur vie quotidienne. Il représente la diversité de ce pays à travers l’exposition de costumes traditionnels, instruments de musique, bijoux et armes, mais surtout d’expositions vivantes consacrées à la vie quotidienne, notamment celle des villages artisanaux traditionnels.
Parmi les priorités du musée : préserver les savoir-faire et participer au développement des villages de métiers artisanaux traditionnels en faisant connaître l’héritage culturel de techniques transmises de génération en génération au sein d’une communauté villageoise spécifique. Il cherche aussi à éduquer les jeunes en organisant des ateliers. En 2003 et 2004, en partenariat avec l’Unesco, des programmes de formation à la poterie ont été mis en place dans l’enceinte du musée pour les scolaires de 10 à 14 ans avec l’aide de quatre artisans de Phù Lâng.
Le musée cherche de nouvelles approches pour participer à la sauvegarde de l’artisanat et des sociétés traditionnelles et à donner aux artisans les moyens de s’adapter au monde moderne. Il essaie de mettre en place de nouveaux moyens pour présenter la réalité villageoise et faire prendre conscience aux politiciens et aux futures générations de l’importance de ces savoir-faire. Ainsi, les expositions sont organisées en coopération avec les communautés concernées qui participent à la sélection des objets à exposer et des aspects de la vie quotidienne à présenter. Ils collectent des informations, notamment dans le cadre des projets Photovoice.
• Expositions permanentes sur l’artisanat :
Au rez-de-chaussée du musée, une partie des salles est consacrée à la culture et aux techniques artisanales des Viêt (ethnie majoritaire du Vietnam vivant dans les deltas).
– La poterie, à travers le cas du village de Phù Lâng : présentation de l’histoire du village, de la société villageoise, des techniques originales de production de ce centre artisanal en pleine mutation. Son architecture de fours.
– La vannerie et la fabrication des chapeaux coniques de Chuông : mannequins de chapeliers, présentation des techniques grâce à des vidéos, articles de vanneries, histoire du métier.
• La culture vivante mise en relief dans les expositions temporaires : des villageois à Ha Nôi :
– Deux maisons traditionnelles villageoises du delta du fleuve Rouge ont été montées dans le jardin du musée. On y organise depuis plusieurs années des expositions temporaires sur les métiers artisanaux. Pendant plusieurs mois, des artisans d’un village exposent leurs savoir-faire, leurs productions et présentent l’histoire de leur métier et de leur village. Ces musées « vivants » sont d’un très grand intérêt, à la fois pour les visiteurs, et pour les artisans qui espèrent ainsi mieux faire connaître leur métier, dont certains sont en passe de disparaître. De telles expériences devraient être renouvelées au sein même des villages et pourraient attirer de nombreux visiteurs.
– Le village de plantes médicinales de Dai Yên est intégré dans la ville de Hà Nôi au sud du lac de l’Ouest. En mai 2004, les artisans ont présenté les différents aspects de leur métier (les techniques, la production des plantes – il existe encore une production locale de plantes dans ce village très urbanisé où la spéculation foncière ne parvient pas encore à supplanter une production agricole très originale et intensive) et de leur vie quotidienne à partir de posters, de photos et de plantes. Il était aussi possible d’acheter des sachets de plantes sèches et de tisanes.
– Les villages de la province de Bac Ninh spécialisés dans la fabrication du papier et d’objets en papier (estampes, masques et jouets), DifOng O, Dông Ho et Tu Khê ont fait l’objet d’une exposition. Des posters présentaient différents aspects de la vie de ces villages, l’histoire des métiers, les techniques de production et leur avenir ainsi que le parcours de plusieurs artisans talentueux, pour la plupart âgés (on peut s’inquiéter sur l’éventualité de la non transmission de ces savoir-faire pour les activité en perte de vitesse !).
– En janvier 2002, une exposition sur le village de pêcheurs de Cua Van de la baie d’Halong, formé de maisons flottantes, racontait la vie originale de ce peuple qui s’est « sédentarisé » sur l’eau. A cette occasion, une démonstration de la fabrication des barques et de nasses en bambou avait été effectuée par des artisans de ce village.
– Le village de la soie de Van Phuc (Hà Tây) : présentation du village, de son histoire, des techniques traditionnelles et de l’innovation, des différents types de soie.
– En 2008, deux villages de marionnettistes sur l’eau, Hong Phong (Hâi DiïOng) et Dông Cac (Thâi Binh) avaient présenté l’histoire de leurs villages, leurs troupes, leur organisation et la transmission des savoir-faire de génération en génération.
• Le projet Photovoice au village de Dai Bai :
Le musée fait l’expérience d’une nouvelle approche qui consiste à donner des appareils photographiques aux artisans, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, en leur laissant décider eux-mêmes de la façon dont ils souhaiteraient que leurs traditions soient représentées au sein du musée. Le musée d’Ethnographie du Vietnam permet ainsi aux populations locales de présenter leurs propre culture et mode de vie et de décrire leurs idées, leurs préoccupations et leurs projets concernant le développement immédiat et à plus long terme de leur culture.
Six mois durant (de décembre 2002 à juin 2003), au village de Dai Bai, 18 villageois ont appris à se servir d’un appareil photo et se sont lancés dans un projet « photovoice ». Photovoice est une méthode qui permet aux populations locales de documenter et d’exprimer les connaissances et les préoccupations qui leur sont uniques. A Dai Bai, les artisans, qui avaient l’habitude de manier le maillet pour battre les métaux, sont passés à l’appareil photo et ont partagé leur expérience avec les chercheurs du musée d’Ethnographie. Leurs photos présentent des artisans, des savoirs traditionnels, des outils et des matériaux. L’artisanat de Dai Bai est en pleine transformation et nombre de ces photos et entretiens montrent les difficultés et les défis auxquels sont confrontés les villageois. Ce projet a été réalisé avec le soutien de l’Agence japonaise pour le développement (JICA) en collaboration avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Ces artisans ont produit environ 3 000 photographies et participé à de nombreux entretiens. Ces documents sont préservés à l’intention des chercheurs d’aujourd’hui et de tous ceux qui s’intéressent à l’artisanat, ainsi que dans l’intérêt des générations futures.
En collaboration avec les populations locales, le musée d’Ethnographie a organisé trois expositions photographiques s’appuyant sur les photographies prises par les artisans. Les deux premières expositions ont été organisées dans les localités même où vivent ses « sujets » de recherche, ce qui en a redoublé l’impact.

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