Introduction 7

Une plaine en partie inondable pendant la mousson
Dans cette plaine alluviale très peuplée, au système de production rizicole très intensif et demandant une main- d’œuvre nombreuse au moment des pics de travail, la population subissait de longues périodes de chômage pendant la morte saison. L’artisanat était une manière de l’employer de façon saisonnière. Selon Pierre Gourou, dans les années 1930, dans les zones à deux cultures de riz par an, les foyers nécessitaient en moyenne 125 jours de travail par an. Ils considéraient l’artisanat comme une activité secondaire à côté de l’agriculture. Dans les villages où la terre manquait cruellement ou ceux ayant développé des activités très spécialisées demandant une grande qualification, l’activité artisanale dominait.

Dans les villages où la culture du 10e mois n’était pas possible à cause des inondations, on a assisté à l’émergence d’activités artisanales pour occuper une main-d’œuvre sous-employée (Gourou P., 1936). Ainsi dans les terres basses du sud de la province de Hà Dông et Hà Nam, l’industrie était fort répandue, notamment les charpentiers itinérants, les thçf môc, y étaient particulièrement nombreux.

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La localisation des villages le long des cours d’eau navigables permettait l’importation de matières premières originaires des hautes et moyennes terres du Nord, tels le rotin, le bambou et la canna (tubercule avec lequel on fabrique les vermicelles). Cela explique en partie l’importance du nombre des villages de vanniers et de producteurs de produits alimentaires le long de la rivière Dây à Hà Tây.

La refonte du système de production des villages de métier à l’époque collectiviste Le rôle de l’État dans le support de certaines activités
À partir de 1954, la production individuelle fut interdite. Les villageois ont été contraints d’intégrer impérativement des coopératives agricoles ou artisanales, dans un contexte de renforcement du potentiel industriel du pays. Puis vers 1963, ils ont participé à l’effort de guerre, en produisant à la fois des biens pour la vie quotidienne des populations, pour les Grands marchés de consommateurs des pays socialistes frères et, dans une moindre mesure, pour l’armée, et ont été intégrés au système collectiviste (DiGregorio M. et al., 1999).
L’artisanat a alors enregistré deux mouvements opposés : une baisse de la production dans certains secteurs, du fait de l’interdiction de produire de façon individuelle, et, de l’autre, une augmentation de la production dans les secteurs les plus encadrés par l’Etat, via les coopératives artisanales. Celles-ci devaient remplir plusieurs fonctions :
• atteindre l’autosuffisance des provinces en outillage, en machines agricoles et hydrauliques en vue d’augmenter la production agricole et produire pour la vie quotidienne des vêtements, du papier, du mobilier, des poteries, des produits agro-alimentaires…) ;
• produire des articles destinés aux pays d’Europe de l’Est, alors que l’Occident, en pleine guerre froide, boycottait ce nouvel Etat communiste.
Il était interdit de pratiquer l’artisanat et l’agriculture en même temps, comme les villageois avaient coutume de le faire. En intégrant une coopérative artisanale, les artisans perdaient leur petite parcelle de terre. Certains optèrent alors pour la production artisanale clandestine, avec cependant des difficultés pour s’approvisionner en matières premières, commercialisées uniquement par l’Etat à travers les coopératives.
L’Etat passait commande à certaines coopératives. La coopérative de Quât Dông (Ccf Dô ou drapeau rouge), spécialisée dans la broderie et créée en 1961, fabriquait des drapeaux et des étendards pour le ministère de la Défense. A Ditcfng Ô, en 1974, la fabrication de papier pour les pétards devint l’activité principale des artisans (DiGregorio M. et al., 1999).
L’action des coopératives dans la diffusion et la modernisation des techniques artisanales
Avec la révolution, s’éteint le marché des objets de luxe destinés auparavant au paiement du tribut à la Chine, puis à l’approvisionnement des classes bourgeoises aisées. L’intérêt des marchés d’Europe de l’Est pour les objets d’art a relancé ces activités. Les coopératives ont pu relever certains métiers de leur torpeur post-coloniale. Ce fut le cas de Phù Lâng où la céramique tombait en désuétude ou de Bât Tràng, aujourd’hui un des plus célèbres villages de métier de la région. La céramique demandait de gros investissements pour l’entretien des fours que seule une coopérative pouvait alors assumer.

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