Introduction 9

Tho Hà était spécialisé depuis plusieurs siècles dans la fabrication de céramiques à but culturel, domestique ou religieux ; les urnes funéraires très sophistiquées ont fait la célébrité de ce village (Itinéraire Ibis). Une coopérative fut créée à l’époque collectiviste, puis dissoute au début des années 1990. Elle comptait près de 500 membres et était localisée loin du village. On produisait en fonction des plans du gouvernement et du goût des clients, essentiellement des poteries pour la vie quotidienne. Les coopérateurs, insuffisamment payés en riz, négligeaient la qualité de leur travail. L’Etat, chargé de la commercialisation et de l’organisation de la production, ne pouvait plus subventionner les pertes. On abandonna le métier. La plupart des artisans talentueux sont décédés, sans transmission de leurs savoir-faire. Une autre activité apparut, la fabrication des bânh da à base de riz.

Une famille d’artisans tente depuis 2002 de relancer le métier, principalement pour la fabrication des urnes funéraires de qualité, et a fondé une nouvelle coopérative privée avec l’aide du ministère de la Culture. Les résultats sont encore mitigés.
La Khê (Itinéraire 4) était spécialisé dans la fabrication de la soie « the », tissus très légers, fleuris et transparents de très grande qualité, utilisés pour payer le tribut à la Chine et pour l’aristocratie hanoienne. Ce village, intégré dans le plus dynamique cluster de production de soie, dont l’activité a pratiquement disparu, supplantait Van Phüc en nombre de maîtres artisans à l’époque coloniale. A l’époque collectiviste, au sein de la coopérative agricole, un secteur artisanal avait été édifié. Le tissage de la soie a disparu des ateliers familiaux et les villageois ont changé d’activité à la fermeture de la coopérative. Selon un des derniers grands artisans de La Khê, cette pluri-activité des villageois a tué le métier. Elle a limité les possibilités de développement d’une activité qui nécessitait de gros investissements en machines, améliorations techniques et formation. Le manque de marchés a achevé de détruire un des villages les plus célèbres de ce cluster de la soie.
Pour relancer le métier de ce village prestigieux à l’activité pluriséculaire, une coopérative artisanale a été fondée en 2005 par le Comité populaire, la coopérative agricole et avec l’aide de Mr Nguyën Công Toàn, un talentueux artisan de 80 ans, anciennement sous-chef de la coopérative défunte. Elle tente de fabriquer les anciens tissus qui ont fait la splendeur de La Khê. Une dizaine de métiers à tisser à moteur électrique ont été achetés sur lesquels travaillent quelques ouvrières du village payées à la tâche. Mal payées, celles-ci n’ont pas le savoir-faire nécessaire pour réhabiliter le métier.
La guerre, l’insécurité, la perte des marchés de luxe, mais aussi la déstabilisation sociale créée par des années de conflits et le départ des hommes sur le front ont causé la disparition de certaines activités artisanales, lorsque les coopératives ne prenaient pas la relève.

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