Voyage aux villages de métier au Vietnam 103

CHUÔNG : ROYAUME DU CHAPEAU CONIQUE
COMMENT Y ALLER ?
En sortant de Hà Nôi, prenez la nationale 6 en direction de Hôa B’inh. Traversez la ville de Hà Dông, le chef lieu de province de l’ancienne Hà Tây. A la sortie de la ville, tournez à gauche vers la route nationale 22 : un panneau indique la direction de la célèbre pagode des Parfums, Chùa HifOng. Continuez pendant 12 km. Vous traverserez la ville de Kim Bai, chef lieu de district de Thanh Oai. Continuez cette route : au bout de 2,5 km vous verrez des ateliers de menuisiers et de gros troncs de bois sur les abords. Ce sont les nouveaux ateliers du village de Mâ Kiê’u (commune de Phu’Ong Trung) qui s’y sont installés. Un panneau indique sur la droite que vous êtes arrivés à làng Chuông, le village des chapeaux coniques.
LE CONTEXTE
Le village de Chuông (commune de Phu’Ong Trung, district Thanh Oai) est spécialisé depuis très longtemps dans la fabrication des chapeaux en feuilles de latanier, ou non là. Phu’Ong Trung est aujourd’hui le nom officiel de la commune de ce très ancien village, mais tout le monde le connaît encore comme làng Chuông (village de Chuông), indissociable de ses célèbres non, alors demandez-le ainsi, si jamais vous n’arrivez pas à suivre notre excellent plan. C’est un village non dénué de charme, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Hà Nôi, à côté de la rivière Dây (un défluent du fleuve Rouge), à cheval sur la digue, avec la zone inondable à l’habitat relâché entouré de vergers et de jardins potagers.
ALORS, CES NON ?
Le chapeau conique est, bien entendu, un accessoire emblématique au Vietnam, sa forme simple et classique immédiatement reconnaissable entre nombre de chapeaux en matière végétale portés en Asie et ailleurs. Il fait partie des habits universellement considérés comme traditionnels chez la femme Kinh. Les Kinh ou Viêt, les gens des plaines et des deltas, sont l’ethnie majoritaire au Vietnam (85 % environ). Et la femme Kinh porte son non, qu’elle soit en train de travailler dans la rizière ou bien de se promener endimanchée dans son âo dài, la célèbre tunique longue et moulante, fendue jusqu’à la taille, portée avec un pantalon léger et flottant par les Vietnamiennes de tout âge.
Symbole. Avec Y âo dài (tunique cintrée à deux pans), le non là (chapeau conique en feuilles de latanier) participe depuis toujours au charme des femmes vietnamiennes. En outre, c’est une activité prospère du village Chuông, à l’ouest de Hà Nôi.
« À une quarantaine de minutes en moto de Hà Nôi se trouve le village Chuông, dans la province de Hà Tây. Là, au cœur du delta du Fleuve Rouge, loin des bruits de la ville, il ne faut pas oublier d’emporter son appareil photo pour prendre les scènes de travail, les maisons anciennes aux portiques couverts de mousse et surtout le marché dans la cour de la maison communale. Sous la lumière d’hiver, le village Chuông est paré de couleurs vives : le jaune du soleil, le vert des rangées d’aréquiers et des haies de bambou, le blanc pur et immaculé des cours de séchage… ». Le Courrier du Vietnam, le 6 décembre 2001 : « Les chapeaux coniques font la prospérité du village de Chuông ».
Il est facile de sourire en lisant cette présentation quelque peu idéalisée et au discours touristique plutôt unidimensionnel. Toujours est-il que, encore la dernière fois que nous y sommes passés, du moins, Chuông était effectivement un beau petit village, où les désagréments de la ville sont éloignés, la pauvreté ne sévit pas trop visiblement et surtout où l’on peut facilement et librement observer une activité artisanale et communautaire très ancienne qui se perpétue encore aujourd’hui avec succès.
Il est difficile de rester indifférent au charme et à la spécificité d’une telle manifestation collective d’habileté et d’instinct de survie ainsi canalisée avec tant d’ingéniosité. Ce village encore très rural avec ses traditions et ses coutumes a survécu à la guerre, la famine et aux grands remous sociaux des derniers siècles. Mais survivra-t-il à Icpoque actuelle, celle de l’urbanisation galopante, du développement économique fulgurant, de la globalisation englobante ?

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