Voyage aux villages de métier au Vietnam 107

Promenade dans Chuông
Vous quittez la nationale 22 par la droite et entrez dans la commune. Celle-ci est composée de villages agglomérés, ce qui donne l’impression d’une certaine unité, tellement l’habitat est resserré de part et d’autre de la rue qui mène jusqu’à la digue. Une fois passés le quartier des menuisiers, le canal, puis le Comité populaire de la commune sur la droite, l’habitat se densifie. La rue traverse un quartier assez commerçant et artisanal : vous pouvez voir à l’œuvre un certain nombre de fabricants de chapeaux. Une visite incontournable doit être faite à M. Cânh (voir encadré p. 255) et n° 4 sur la carte.
Allez vous perdre dans le dédale des rues sur la gauche (en violet sur la carte) où vous pourrez voir, en regardant au dessus des murets, des femmes et des jeunes filles en train de monter des chapeaux ou de les coudre. Les jeunes filles à la sortie de l’école se regroupent chez les unes ou chez les autres pour coudre les non que leur mère aura montés dans la matinée. Vous pourrez voir l’atelier-boutique de Mme Hoàng Thi Sang sur la gauche (voir sur carte, n°8). Cette chapelière a trouvé le nouveau filon : les non de mauvaise qualité destinés aux paysans chinois. Personne n’en fabrique plus en Chine.
Le centre névralgique de làng Chuông est le marché des matières premières niché au sein de la zone cultuelle composée d’un dinh, d’une pagode et d’un temple. Cet ensemble patrimonial de grande qualité est adossé à la digue qui protège toute la province de Hà Tây de l’antique violence de la rivière Dây. Maintenant cette digue sert d’espace de séchage pour les feuilles de latanier, d’axe de circulation pour les échanges commerciaux dynamiques dans cette zone où les villages artisanaux et les marchés sont nombreux.
• Chuông accueille un très grand marché de chapeaux (évidemment surtout des non là) et – vous le saviez déjà – de matières premières pour la confection de ces articles. Le marché se tient au centre du village, devant le dinh. Il existe depuis au moins 200 ans, est très intéressant à visiter et draine tous les artisans des villages environnants qui s’adonnent à cette activité. Les produits vendus ici sont envoyés dans d’autres provinces et exportés en Chine, Thaïlande, Japon, Europe… Les marchés les plus importants ont lieu chaque date du calendrier lunaire qui se termine avec un « 0 » ou un « 4 » : les 4e, 10e, 14e, 20e, 24e, et 30e jours. Si vous avez la chance d’être à Chuông à ces dates-ci, cherchez également des chapeaux de fantaisie, comme ceux qui sont faits en soie de Van Phüc (voir Itinéraire n°4) et des non moins pointus, conçus pour le marché japonais. A noter : un marché moins important a lieu plusieurs autres fois par mois : officiellement, les Ie, 3e, 6e, 8e, 1 Ie jours du mois lunaire, officieusement… bonne chance : si vous arrivez tôt, nous demeurons optimistes : vous allez pouvoir assister à de l’activité dans ce beau marché spécialisé.
• Il y a un point de vue imprenable du marché à partir d’un petit pavillon ou beffroi sans cloche (sans mur, d’ailleurs, mais avec un beau toit), situé juste à côté (voir carte). Pendant l’activité matinale (il faut arriver tôt : tout commence à se conclure à partir de 9 h), une forêt éclatante de feuilles de latanier blanchies, cousues (de fil blanc) pour faire des grappes de non, s’agite sur la place du village. Pour voir les feuilles de latanier en train de sécher au soleil, il faut avancer un peu plus loin dans le village, jusqu’à la digue, endroit de prédilection pour les fabricants qui n’ont pas assez de place chez eux.
• Chuông est également doté d’un très beau dinh. Trouvez le marché et il est juste en face. Attention au chien qui mord et veille sur la cour arrière. Le chapelier fondateur du métier est enterré dans un mausolée localisé devant la pagode de Chuông. Le jour du festival du métier, on sort ses cendres de la pagode pour l’amener au dinh. Celui-ci sert de lieu de culte à un général qui protégea les jeunes du cru qui, parce qu’ils avaient voulu voir le visage d’une reine venue au village, avaient été condamnés à mort par le roi. Ce héros de la jeunesse indiscrète est vénéré aussi dans le dinh de Quàng Bâ, dans une banlieue cossue de Hà Nôi. Si vous cherchez des chapeaux coloniaux en feuilles de latanier, souvenir prisé des Français nostalgiques, présentez-vous chez Mme Ta Thu Hifo’ng, un peu plus au sud, près de la digue (voir n° 6 sur la carte).

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