Voyage aux villages de métier au Vietnam 110

Tout un éventail de possibilités
Voici quelques vers au sujet de l’éventail, écrits par un des poètes vietnamiens les plus connus, Ho Xuân Hu’Ong. Cette femme exceptionnellement cultivée (pour son époque), qui est morte vers 1822, fut d’abord orpheline de bonne heure, ensuite deux fois « épouse de second rang » (deuxième femme de fonctionnaire polygame), deux fois veuve. Comme on dit si bien dans les recueils littéraires, « la poésie a été pour elle le moyen d’épancher les aspirations ardentes de sa nature que l’existence n’a pas comblées. » Léguant à la postérité une soixantaine de poèmes dans une écriture dense d’une simplicité trompeuse, elle a su insuffler un érotisme à la franchise désarçonnante dans des paysages et des objets courants, tout en faisant un plaidoyer passionné pour l’égalité de la femme dans le couple et fustigeant les hypocrisies et injustices de la structure inflexible de la société confucéenne où elle vécut.

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Notez comment la première ligne du poème reprend l’activité commentée par Nguyên Vàn Vînh de faire le décompte des branches de l’éventail – ou s’agit-il de jauger l’âge d’une jeune femme…?
L’éventail
Est-ce dix-sept, dix-huit ?
Laisse-moi te chérir et ne pas te quitter Fin ou épais se déploie ton triangle Au large ou à l étroit se fiche la rivure.
Plus il fait chaud, plus douce est ta fraîcheur La nuit ne suffit pas, je t’aime encore le jour Rose coynme la joue grâce au suc du kaki Rois et seigneurs n ‘adorent rien que toi !

Promenade dans Canh Hoach

Le mieux est de commencer la promenade par le dinh qui se situe un peu au sud du carrefour de Vàc, sur la gauche. Un panneau indique ce site historique et touristique niché de l’autre côté d’un plan d’eau. On peut visiter ce dinh très beau avec sa cour imposante à l’arrière. Demandez la clef au gardien s’il est fermé. A l’intérieur, un immense éventail peint sur le mur est daté de 1760, ce qui atteste de l’ancienneté du métier. Vous y verrez des palanquins et tout l’attirail nécessaire pour faire sortir l’ancêtre du métier lors du festival.
En sortant du dinh, prendre la ruelle sur la gauche qui s’enfonce dans le village. De part et d’autre, vous verrez des ateliers de fabricants de cages. C’est une activité peu consommatrice d’espace qui s’intégre facilement dans la cour des maisons. On peut grossièrement diviser le village en deux parties : le sud s’adonne plutôt aux cages, et la partie au nord de l’église, aux éventails.
La première rue à gauche coupe le village selon un axe nord-sud. A quelques dizaines de mètres, une grande place s’ouvre devant l’église. Là encore, vous verrez des ateliers en pleine activité où les artisans débitent de petites lamelles de bambou, les arrondissent et les assemblent pour en faire des cages de toutes formes, de toutes tailles. Pour faire l’arrondi de la cage, on assouplit le bambou en le faisant bouillir. Puis on le met en forme dans un cercle en métal : les lames de bambou bouilli sont insérées jusqu’à remplir l’intérieur. Les cages simples se vendent à environ 40 000 à 50 000 VND. On peut en produire dix par jour au sein d’une famille. Certains artisans peuvent fabriquer des cages très élaborées, vendues de 150 000 à 500 000 VND.
Au nord de l’église, s’il fait beau, en vous promenant dans les petites rues, vous allez probablement tomber sur une cour où sèchent au soleil une petite armée d’éventails. Ils s’étalent un peu partout, là où il y a de la place : les cours des maisons, celle du très beau nbà tho ho que vous verrez sur votre droite, sur les bords des rues, ce qui offre à l’œil un joli tableau. Vous pouvez en acheter un peu partout : éventail se dit (cai) quat en vietnamien, à ne pas confondre avec quat mdy (« éventail- machine »), qui veut dire (logiquement, d’ailleurs) : « ventilateur ». Face au nhà tho ho, la maison d’une fabricante d’éventail, où il est possible de voir les femmes à lœuvre. Vous verrez aussi des cages dans cette cour, activité uniquement pratiquée par les hommes de la famille.
En continuant la rue, sur la gauche demandez l’atelier de M. Nguyën Van Nghê. Les superbes lampes en bambou tapissées àc gidy dô (papier de riz) que l’on trouve dans les boutiques chics de Hà Nôi pour la bagatelle de 800 000 VND s’y vendent quatre fois moins cher. Bon, il faut les dépoussiérer avant de les emmener. Son atelier boutique est une véritable caverne d’Ali Baba (cages aux formes élaborées, pieds de lampes, objets divers en rotin et en bambou, paniers…). Il ne travaille qu’à la commande, mais garde dans son show-room une multitude d’objets qu’il vend aux visiteurs. Il est un des rares artisans du village à avoir diversifié la production et faire travailler en sous-traitance plusieurs familles.
Dans ce quartier, le Xôm Hiên Tren, vous croiserez des femmes poussant des vélos à bras (vélo transformé en charrette) chargés de paquets de lamelles de bambou, prêtes à être encollées de papier mauve par les femmes spécialisées dans la fabrication des éventails. Il existe une forte division du travail entre les ateliers, voisins pour la plupart.
Le clou de la promenade, une visite à M. Tran Van Don, avant-dernier d’une lignée spécialisée dans les éventails de « luxe ». Pour accéder dans ce labyrinthe de ruelles à la maison de cet artisan, munissez-vous de notre plan, mais n’hésitez pas à demander votre chemin – compliqué -, tout le monde le connaît. Cet artisan âgé (il avait 91 ans en 2006) a transmis son métier à son fils et sa belle-fille qui font de superbes éventails en papier mauve, et, depuis quelque temps, rouge, sur lesquels ils dessinent à 1 aide d’une aiguille des dragons, d’autres animaux mythiques ou des fleurs. On voit la lumière à travers. Il est possible d’en acheter de toutes tailles, de qualités diverses (les manches sont parfois en corne de buffle) pour des prix modiques (10 000 VND pour les petits au manche en bambou, jusqu’à 100 000 VND pour les grands plus sophistiqués).
La maison de cette famille, de facture ancienne et traditionnelle, est très belle et a été rénovée sans trop de clinquant. Derrière chez lui, le nhà thà ho du lignage Tran vient d’être réhabilité en 2006. A l’intérieur, deux autels des ancêtres sont flanqués par des peintures représentant, comme dans le dbib, un éventail. Derrière encore, mais sur la droite la très belle maison du frère de M. Dôn. Il est possible de retrouver la nationale en passant par la route commerçante que vous prendrez à gauche en sortant de la ruelle. Cette route mène au carrefour de Vàc. Pour la suite de l’itinéraire, prenez la nationale 22 sur la gauche.

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