Voyage aux villages de métier au Vietnam 116

LA PISTE DES PAGODES (ET UN TEMPLE)
Nous voilà désormais partis pour découvrir l’ensemble cultuel de la commune de Phung Châu (district de ChiïOng Mÿ), site doté de nombreux lieux de culte puisqu’il jouit d’une belle configuration, selon la géomancie chinoise (eau, montagnes, vue dégagée) – et selon nous aussi. Il est intéressant d’imaginer ce paysage avant la naissance du delta : sous vos pieds autrefois, il y avait la mer, parsemée d’îlots abrupts (les monts karstiques ici sont identiques aux îles dans la baie d’Ha Long). Les alluvions charriées par le fleuve Rouge ont comblé des vallées, créé la plaine et fait reculer la mer de plus d’une centaine de kilomètres.

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COMMENT ALLER À PHUNG CHÂU ?
En sortant du musée, reprendre la route nationale 6 à droite vers Chüc Son, le chef-lieu du district de Chiïdng Mÿ. Longez la digue de la rivière Dây pendant quelques centaines de mètres. Passez le pont de la rivière Dây, puis juste avant le panneau indiquant la sortie du district de Hà Dông, prenez une petite route à droite et au bout d’environ deux kilomètres, vous débouchez sur une intersection en T : en face, il y a un dispensaire. Prenez la route à droite qui pénètre dans le village de Phung Nghïa. De cette route digue, on a une vue surplombant les alentours. La route bétonnée fait place à une piste hochiminesque en terre battue qui vous mènera au bout de 500 m à la pagode Phü Linh Tuf, située à droite, en contrebas de la route-digue.

LA PAGODE PHÚ LỊNH TỰ
Cette pagode du village de Phung Nghïa est une bâtisse imposante avec des stèles gravées du XVIIe et XVIIIe siècles, une cloche fondue sous les Tây Son (xvnc siècle), 40 hautes colonnes de pierre, des statues et gravures finement sculptées et 12 bas-reliefs riches en art populaire (hélas ces derniers ont été volés dernièrement). C’est une pagode de village, peu visitée par les touristes, vietnamiens ou étrangers. Un détail subtil mais significatif : les autres pagodes des environs que vous allez voir sont gérées par l’Etat, qui subventionne leur rénovation. Ici, ce sont les villageois qui se cotisent pour l’entretien de leur pagode.
A partir de 1945, en pleine guerre contre les Français, les villageois cachèrent des militants Viêt Minh, des soldats et même un canon dans la pagode. Les militaires français ont détruit la porte du village et les Viêt Minh ont répondu avec leur canon. La rivière Day constituait la ligne de démarcation entre la zone sous occupation française (Hà Nôi et ses environs et la route jusqu’à Hâi Phong) et celle contrôlée par les Viêt Minh (pour le reste : lire l’excellent Un Américain bien tranquille et le journal de guerre du romancier britannique Graham Greene, pour une bonne évocation, d’un œil extérieur de ces campagnes dominées par les Viêt Minh).
Les nombreux temples et pagodes construits dans cette zone hors digue, le long de la rivière Day, participèrent à leur façon à la guerre contre les Français : ils servirent de refuge précieux à des cohortes de militants communistes (un rôle de soutien dont on ignore s’il a été reconnu à sa juste valeur par la suite).
Les stupas des bonzes qui ont habité la pagode, entourés d’une végétation luxuriante, sont dans le jardin à côté, avec trois déesses taoïstes. Les déesses peuvent aider à acquérir la prospérité et à apporter de la joie dans la famille. (N’oublions pas qu’encore aujourd’hui la tradition veut qu’une jeune épouse soit sous la tendre tutelle de sa belle-mère jusqu’à la mort – naturelle, de préférence – de celle-ci).
Il y a donc syncrétisme dans ce jardin entre bouddhisme et taoïsme. De retour à l’intérieur de la pagode, l’autel principal a été rénové un peu vigoureusement : le syncrétisme ici se fait plutôt entre patio espagnol et piscine extérieure, mais vous vous trouvez dans un lieu paisible et enchanteur, où vous pouvez rester observer les habitants du village qui apportent leurs offrandes et viennent y faire leurs doléances.

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