Voyage aux villages de métier au Vietnam 12

Entre l écorce et la feuille
Le premier défi pour les producteurs de papier dô est de se procurer l’écorce de cet arbre, essentielle à la fabrication. On utilise aussi l’écorce du mûrier à papier, (mais on n’en parle pas beaucoup !). Elle est difficile à trouver de nos jours : comme il y a de moins en moins d’acheteurs, les producteurs de 1 ’arbre dô se font de plus en plus rares et les prix sont très élevés. Les gens des régions montagneuses n’en plantent plus beaucoup ; on n’en trouve plus que dans les provinces de Lào Cai et Yen Bai, où l’écorce est récoltée en septembre et octobre. Celui qui veut produire du papier régulièrement doit faire des réserves pour toute l’année.

La production est également saisonnière : on est obligé d’arrêter la fabrication pendant la mousson (juin, juillet, août) car il fait trop chaud – et en plus, le papier ne sèche pas. Une fois qu’on a trouvé de l’écorce, il faut la préparer : ci-après la recette de la fabrication telle qu’elle s’effectuait il y a un siècle dans un village des bords du lac de l’Ouest. A une variante près – la part de produits chimiques divers, et celle de papier de récupération insidieusement intégrée dans la pâte – les derniers papetiers de Duong O et de Châm Khê continuent de faire les mêmes gestes que leurs ancêtres.

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La fabrication du papier dô dans le village de Yen Thâi telle qu’elle se faisait autrefois débute par l’arrivée en fagots des tiges qui sont mises à rouir dans la rivière Tô Lich entre un et trois jours. Les écorces sont dégrossies une première fois de leurs nodosités et coupées en segments, puis placées dans des bacs où elles macèrent dans l’eau de chaux pendant 24 heures. Suit alors la phase de cuisson à l’étuvée dans des fours en terre (entre huit et dix heures, selon Dard Hunter) ou au bain-marie (Claverie F. indique trois à quatre jours). Les écorces sont ensuite mises dans de grands paniers en bambou tressé et lavées à l’eau claire. Les femmes séparent au couteau la partie claire de 1 écorce qui donnera le papier de meilleure qualité de la partie sombre employée pour des qualités inférieures. De nouveau trempées, lavées et égouttées, les écorces sont pilées à la main dans des mortiers de pierre par les hommes jusqu’à obtenir la pâte brute. Diluée et homogénéisée dans une cuve, huilée par des copeaux de bois mô, la pâte est levée en feuilles par une ouvrière à l’aide d’une forme faite d’un cadre de bois et d’un fin treillis de bambou appelée liê’m xeo. Les feuilles sont empilées en un plateau de 500 ou 1 000 feuilles. Pour exprimer progressivement l’eau de ce bloc de papier frais on utilise une presse, puis on entame la phase de séchage proprement dite, à l’air ou au four, les feuilles étant apposées sur les parois extérieures. Reste à mettre en liasse les feuilles non massicotées pour la vente.

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