Voyage aux villages de métier au Vietnam 122

Vers Père moderne
Sous la colonisation française (1858-1945), le métier de fabrication des produits en bambou du village gardait une grande notoriété. Sous le règne du roi Tii Düc (1848-1883), neuf artisans du village ont prêté serment au roi et juré « Ne jamais enseigner le métier aux gens d’autres localités ». Les produits du village à cette époque se sont diversifiés et les artisans ont commencé la fabrication des articles en rotin pour répondre aux commandes des Français (le rotin est exclusivement destiné à l’exportation : on ne peut l’utiliser dans des pays tropicaux, puisqu’il craint à la fois l’humidité et les termites). Un groupe de commerçants français monopolisait au village l’achat et l’exportation vers la France des produits en bambou et en rotin.

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À cette période, les artisans mettaient les petits paniers dans les grands : les années 1936-1940 furent les plus prospères de l’histoire du village, lorsque 80 % des foyers participaient à la production artisanale. On utilisait aussi le bambou giang, court et solide pour le tressage de petites assiettes et des plateaux pour les familles riches. Le groupe français a acheté les produits du village jusqu’à 1943, avant d’arrêter à cause de la guerre. Par la suite, ce fut la récession, l’agriculture ne suffisant toujours pas à assurer l’alimentation villageoise.
Après la première guerre d’Indochine, les habitants du village ont amélioré le système hydraulique et celui de la production agricole. La fabrication des produits en bambou et en rotin a été restaurée. En 1957, débuta dans la commune de Phü Nghîa l’ère des coopératives agricoles. Puis, en mars 1963, une coopérative artisanale fut fondée et 400 villageois l’ont rejointe, en grande partie les artisans de Phü Vinh. Ceux-ci ont abandonné leurs terres à la coopérative agricole, et étaient payés en bons de riz par l’Etat, à l’instar des ouvriers et des fonctionnaires.
L’interlude collectiviste
La mise en place de cette coopérative artisanale signala le début de la même période de dirigisme étatique déjà évoquée dans d’autres villages artisanaux, mais les maîtres-artisans de Phü Vinh y conservèrent une importance particulière, disséminant leur savoir-faire par le truchement de formations dans d’autres coopératives et gardant le monopole du tressage de rotin, plus compliqué que celui du bambou {giang ou nûa). Au fil des ans, le métier fut ainsi maintenu et d’une certaine manière dynamisé par l’exportation vers de nouveaux marchés derrière le Rideau de Fer, à partir d’un pays fraîchement isolé derrière le Rideau de Bambou… Mais encore une fois, cette forme d’organisation du travail finit par entraîner des effets délétères sur l’originalité de l’expression artisanale, la flexibilité opérationnelle et la qualité globale de la production, altérations qui se soldèrent par l’éclatement de ces structures collectivistes, avant même la chute du mur de Berlin.
En 1991, la coopérative artisanale a été officiellement dissoute, ne pouvant plus commercialiser ses produits. Le patrimoine de la coopérative a été rendu au Comité populaire de la commune. En 1993, suite aux réformes foncières, les anciens membres de la coopérative artisanale ont pu récupérer les terres agricoles. Cependant, la plupart d’entre eux les louaient aux agriculteurs, et continuaient la vannerie.
Malgré toutes les fluctuations du marché et de l’organisation de la production, le prestige et la renommée du village de Phü Vinh ne cessent de se renforcer. Avec l’extension du marché domestique et à l’étranger, due aux réformes de libéralisation du DoiMôi, Phu Vinh a connu un nouveau développement.

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