Voyage aux villages de métier au Vietnam 130

SƠN ĐÔNG, UN ARRÊT AU VILLAGE DES SCULPTEURS DE BOUDDHAS
Situé sur la route qui mène au cluster de villages de l’agro-alimentaire, Son Dông, le village célèbre pour ses bouddhas en bois et ses autels des ancêtres, les bàn thb, richement décorés en laque et feuilles d’or, vaut une visite. Cette visite, selon que vous la fassiez en 2009 ou à la fin des années 2012, pourra prendre une tournure très différente : la commune de Son Dông, ainsi que les communes de Cât Que, DifOng Liëu et Minh Khai, vont changer de visage. Plus de 3 500 hectares des terres agricoles du district de Hoài Diïc vont, d’ici là, être transformés en zones résidentielles et industrielles. L’autoroute Ldng-Hoà Lac, qui traversera la ville satellite de An Khanh, sera reliée par de larges routes au nord de la province. La commune de Son Dông constituera un grand carrefour de communication et accueillera la grande zone résidentielle urbaine Khu Dô thi Son Dông, ceci en échange des trois quarts de ses terres agricoles. Quant aux autres villages de cet itinéraire, ils verront une grande partie de leur territoire absorbé par la zone résidentielle de Khu Dô thi Hoài Diïc, extension de l’actuelle capitale du district Tram Trôi. Même si plus des trois quarts des revenus des villageois de cet itinéraire proviennent des activités artisanales, la riziculture apporte un complément essentiel à l’équilibre des budgets des ménages. La perte de la sécurité alimentaire au niveau local, pourtant un fondement de la politique agricole du Vietnam, risque de mettre à mal les artisans les plus démunis.

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COMMENT Y ALLER ?
Allez jusqu’au Centre international de conférences au sud-ouest de la capitale et prenez la route Lâng-Hoà Lac (au moment de la rédaction de cet ouvrage (fin 2008), cet axe était en train d’être transformé en une autoroute gigantesque de 150 m de large). Continuez tout droit pendant environ 4 km. Prenez sur la droite la route en direction de Nhôn : Diïông Tây Mô dans le district de Tiï Liêm (en espérant que la jonction puisse encore se faire avec la route). Au bout de 3,5 km, vous arrivez au village carrefour de Kim Hoàng et tournez à gauche en direction de Son Dông que vous atteindrez au bout de quatre 4 km.
CONTEXTE
Selon Hifu Ngoc (2006), Son Dông serait célèbre pour le grand nombre de ses lettrés et lauréats aux concours triennaux, mais aussi pour son métier transmis de génération en génération depuis des centaines d’années : la fabrication de statues et d’objets d’art en bois laqué. Les artisans produisent également des statues à l’effigie de divinités ou d’autres figures du bouddhisme (Bouddha aux mille yeux, arhats, génies du ciel – OngThiên et OngÂc…), des animaux célestes, des autels, etc. On retrouve nombre de ces œuvres dans les édifices religieux à Son Tây, à la pagode du maître, Chùa Thay, à Hâi Phông, Chùa Dô, à Hà Nôi, le Van Miéu (le temple de la littérature), ou encore à la citadelle de Hué etc. En visitant les pagodes de Chùa Thay ou la pagode des Parfums, vous croiserez peut-être certains des artisans de Son Dông en train d’effectuer la réfection d’un linteau ou l’inauguration d’une nouvelle statue.
Si on compte aujourd’hui 300 entreprises spécialisées dans la sculpture sacrée – elles occupent plus de 4 000 ouvriers et artisans – Son Dông n’a pas toujours connu une telle activité. La période collectiviste et les guerres ont rudement éprouvé le métier pluriséculaire de ce village. Le cliquetis des outils à bois et des marteaux s’était alors presque tu. Dans les années 1980, les doyens du village, les maîtres-artisans Nguyën Viét Thac et Nguyën Chi Dâu, ont relancé l’activité et ouvert des classes de formation pour transmettre leur métier aux jeunes générations. Trente apprentis ont été formés après plus de 18 mois de formation et, 25 ans après, ils constituent la classe des artisans les plus investis dans la production de ce village.
Ils ont aujourd’hui 40 ans et se nomment : Nguyën Chi Quâng, Nguyën Viê’t Thang, Trân Dinh CiïOng, Nguyên Viét Hong, Nguyën Viét Thach… S’est lancé dans les affaires en 2005 en se spécialisant dans des objets en bois, plaqués or ou argent qui ont été présentés à la foire des antiquités vietnamiennes exportées aux Etats-Unis, en Europe, ou dans les pays d’Asie du Sud-Est. Il a actuellement trois ateliers qui comptent 40 artisans. Il sculpte de grandes statues en bois de jacquier, notamment des bouddhas de plusieurs tonnes. Une visite dans son nouvel atelier, localisé à une centaine de mètres sur la route qui part à droite du carrefour du village, vous permettra de mesurer l’ampleur de l’ouvrage. Lors de notre dernière visite, un immense bouddha de trois mètres de haut accueillait, tout souriant, le visiteur. La fabrication de telles sculptures nécessite une équipe de cinq à six ouvriers pendant trois ou quatre mois et le bois d’environ dix arbres. D’autres artisans, comme M. Nguyën Chf Quâng, créent des produits laqués de haute qualité.
M. Nguyën Viê’t Thàng, le petit-fils de M. Nguyën Viét Thach, a ouvert trois ateliers dans le village et emploie près de 30 travailleurs hautement qualifiés. Outre la production traditionnelle, ses travailleurs sont impliqués dans la réfection de 1 ancienne capitale de Hué. Les artisans se sont spécialisés soit dans un type de produits (petite statuaire, autels des ancêtres, oiseaux mythiques, bouddhas…), soit dans une étape définie de la production (sculpture, laque, finitions, assemblage, commercialisation…).
Des collaborations existent même avec le village de la céramique (Bat Tràng, voir Itinéraire 2, p. 110) pour développer le produit « Gôm phu » qui a été lancé en octobre 2005. Ce produit en porcelaine de Bat Tràng est revêtu d’une ou plusieurs couches de laque de Son Dông. L’assemblage des deux donne de beaux reflets sur les objets de culte.
La croissance économique, la constitution d’une moyenne bourgeoisie ayant les moyens d’acheter des autels des ancêtres fastueux (ceux dorés à la feuille d’or coûtent 30 millions de VND), le regain de spiritualité de la population après des années de collectivisme assurent un avenir brillant à Son,Dông. Comme le mentionnait sur le site Internet de ce village (www.viynghesondong.com.vn) M. Nguyën Hong Viê’t Anh, propriétaire d’un atelier dans le village de Son Dông, : « merci à Bouddha et aux effigies religieuses, car grâce à elles, nous pouvons gagner notre vie et faire des profits ! ». Les artisans sont toutefois confrontés à un réel problème : le manque de matière première. Le bois de jacquier, connu pour sa souplesse et sa longévité, est de plus en plus rare. On l’achète au Laos et au Cambodge.

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