Voyage aux villages de métier au Vietnam 133

Entre innovations et turn-over : les villages de l’agro-alimentaire
A l’époque coloniale, le centre le plus important du tissage des cotonnades, et d’autres productions textiles telles les moustiquaires, se trouvait dans les districts de Hoài Duc et Dan Phtïçfng, au nord de la province de Hà Tây. Cette activité essentiellement féminine occupait plusieurs milliers d’ouvrières. Les tissus, en grande partie de facture grossière, étaient destinés à la population villageoise. Les tisserandes s’approvisionnaient sur le marché de DUo’ng Liéu en fils de coton originaires des usines de Nam Dinh. Elles s’occupaient aussi de la teinture de leurs tissus.

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En parallèle, les villageois dont les terres se trouvaient dans la zone hors-digue de la rivière Dày (tels ceux des trois communes de cet itinéraire) s’adonnaient à la culture des mûriers pour l’élevage des vers à soie. Cette activité textile traditionnelle s’est transformée avec l’avènement du collectivisme et cies coopératives artisanales. Les artisans, regroupés au sein des coopératives, tissaient des bandes de cotonnades d’une largeur de 120 cm qu’ils fabriquaient chez eux sur des métiers mécaniques. La coopérative les approvisionnait en fils et s’occupait de la commercialisation par le biais des magasins d’Etat. Les quelques tisserandes non intégrées dans la coopérative continuaient à produire clandestinement sur leurs anciens métiers des bandes de coton grossier de 40 cm de large. Puis, quand les coopératives ont fermé à la fin du collectivisme, le tissage des cotonnades a complètement disparu. Les tisserandes ne pouvaient plus s’approvisionner en fils.
En parallèle, les hommes s’adonnaient à la transformation des produits alimentaires : sur les terres alluviales de la zone hors-digue de la rivière Dây on pouvait cultiver de la canne à sucre que les artisans transformaient en mélasse et en sucre brut destinés à la fabrication des confiseries. Ils avaient appris les techniques de la fabrication du sirop de maltose, le nba, des producteurs de La Phù (voir Itinéraire 4, p. 188) qui, plus intéressés par la fabrication des confiseries, leur avaient abandonné cette étape du processus de production. Les autorités locales, malgré l’interdiction de produire de façon individuelle pendant la période collectiviste, avaient laissé toute liberté aux villageois de s’adonner à ces activités de transformation car l’agriculture ne parvenait pas à les nourrir.
Par la rivière Dây, les districts de Hoài Diïc et de Dan PhifOng étaient reliés aux Hautes Terres montagneuses du Nord-Vietnam, zone de prédilection pour la culture du manioc et de la canna. Ces activités de transformation se sont développées et ont pris de l’ampleur avec l’ouverture économique des années 1980, tandis que celle de la production de sucre s’est arrêtée, car concurrencée par la grande industrie. Les tisserandes ont pu ainsi se recycler dans la transformation des nombreux produits agricoles (canna pour les vermicelles, les mien, riz pour l’alcool, les bûn ou autres types de nouilles, manioc pour l’amidon et le décorticage de haricots mungo verts…).

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