Voyage aux villages de métier au Vietnam 16

LE RETOUR DE LA MOMIE…
Quelques kilomètres (environ huit) plus loin sur la route qui part de l’embranchement à Lim vers la rivière Dirông se trouve la pagode Phât Tich (avec des vestiges de la pagode bouddhique originale, construite vers le viic-vmc siècle) sur la colline Lan Kha (aussi appelée Phât Tich). Elle fut restaurée et agrandie sous la dynastie des Ly et à plusieurs occasions subséquentes. De grandes statues en laque et en or y sont exposées. D’après Nguyën Vinh Phüc (2001), il y une statue assise qui serait le cadavre momifié et laqué d’un bonze datant du xvilc siècle. Ce fut jadis une pratique assez courante au Vietnam et d’autres pagodes recèlent de lugubres trésors semblables (voir encadrés Itinéraire 5, p. 219 et Itinéraire 8, p. 273).

Le nom original de la colline abritant cette pagode – Lan Kha – provient d’une histoire qui pourrait sortir directement de la littérature fantastique : Lan Kha veut dire « hache pourrie » et dérive d’un incident dans la vie d’un bûcheron appelé VifOng Chat. Un jour, ce dernier monta sur la colline couper du bois et y croisa deux vieillards qui jouaient aux échecs (échecs chinois, bien sûr). Posant sa hache contre un rocher, le jeune homme s’attarda afin de suivre la partie. A la fin, les deux joueurs s’envolèrent directement au ciel : ils furent des immortels. VifOng Chat tenta de reprendre son travail, mais le manche de la hache fut complètement pourri : des siècles entiers s’étaient écoulés pendant la partie…
Une dernière histoire saugrenue pour la route de retour vers Hà Nôi

En rebroussant chemin vers Lim, la route repasse par le mont Bat Van (en fait une vague collinette de 150 m de hauteur : toute aspérité dans la platitude deltaïque déclenche l’hyperbole…). Bat Van veut dire 80 000 et ferait référence à un tel nombre de toutes petites tourelles en terre cuite (seulement 20 cm de haut) qui seraient enterrées à cet endroit. On raconte qu’au IXe siècle, un administrateur chinois (le prototype du méchant colon) nommé Kao-Pien aurait fait placer ces choses insolites afin de pouvoir jeter un mauvais sort sur ces terres prospères du Vietnam. Cette vieille superstition comporte des rites spéciaux et l’enterrement d’objets (normalement) en cuivre ou en fer. Nous avons repéré l’emplacement de seulement 78 694 de ces petits grigris sino-vietnamiens, donc si le soleil n’est pas déjà en train de se coucher dans la rizière à votre passage, libre à vous de vérifier l’authenticité de cette étrange histoire – et surtout faites-le-nous savoir.

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