Voyage aux villages de métier au Vietnam 19

Le glas sonne toujours deux fois
Les urnes ou coffrets funéraires en céramique (tiê’u) reçoivent les os des défunts lors d’une cérémonie solennelle de déterrement trois (ou parfois quatre) ans après le trépas de l’être aimé. Ce jour-là, on voit un groupe endimanché (chaque membre portant le bandeau blanc du deuil) qui part dans les champs vers les tombes. Ils apportent des pelles et des brosses à dents (pour déterrer et ensuite bichonner l’ossature décharnée par l’usure du temps) – ainsi qu’une urne (sans aucun doute fabriquée désormais à Phù Lâng), prévue pour la remise en rizière définitive. Les côtés de ce petit cercueil sont percés de petits trous pour laisser circuler des esprits gardiens du squelette. Avant de récupérer ce qui reste du défunt, il faut faire des sacrifices, d’abord aux ancêtres, ensuite aux génies de la Terre, de celle que quitte le mort ce jour-là ainsi que de celle où il ira se reposer pour toujours. Comme au premier enterrement, les endeuillés se remémorent leur proche disparu et s’abandonnent aux pleurs et lamentations comme exutoire à leur peine.

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L’urne, garnie de sa dépouille phosphatée calcique noircie par les éléments, une fois les os parfumés, rangés selon un ordre consacré et recouverts de papier d’or et papier rouge, est enterrée dans une sépulture à un nouvel endroit, choisi avec soin selon des règles de géomancie afin de pouvoir espérer un coup de main des morts en faveur des vivants. La haute importance d’un terrain régi par une certaine configuration topographique est résumée ainsi par l’historien vietnamien Hüu Ngoc :

« … le souffle du Tigre Blanc ou celui du Dragon pourraient donner à la famille des rejetons misérables ou richards, roturiers ou aristocrates, ou mêmes rois. » (Hüu Ngoc, 2007)
Espérer engendrer des enfants rois (et non pas simplement des enfants-rois…) pourrait paraître un brin optimiste dans une république socialiste, mais il faut reconnaître que, malgré les turbulences et le décloisonnement culturel des temps récents, les croyances et pratiques du culte des ancêtres sont encore très respectées au Vietnam.

Les Vietnamiens savent très bien que ces pratiques traditionnelles concernant la dépouille mortelle – qui trouvent pourtant des répliques similaires dans plusieurs autres cultures en Asie et ailleurs – sont étrangères aux Occidentaux ; il faut être considéré comme un intime de la famille avant que l ’on vous invite à assister à un tel rite de passage final vers l’au-delà.

À VOIR
Tout abord, il y a plusieurs belles habitations : mis à part quelques horreurs inévitables de béton peint en couleurs pastel (du genre nouveau riche), les maisons, plutôt modestes, sont généralement construites en briques d’argile locale (comme le sont les murs d’enceinte autour des hameaux d’origine) et se marient harmonieusement au paysage environnant. Ces villages sont aérés car ils sont nichés sur des collines : ici, pas de concurrence avec l’agriculture, contrairement aux villages de la plaine deltaïque (songez à l’exemple des bourgades bourguignonnes à l’étroit sur leurs terres, en remplaçant toutefois des vignobles de Nuits-Saint-Georges devant l’église par des rizières de paddy derrière la pagode). Les autres éléments d’architecture intéressants sont les ateliers de fabrication (souvent à l’arrière des maisons) et les fours à cuisson des céramiques.
Les fours
Ils sont très présents à Phù Lâng (ils sont une trentaine) et méritent une attention particulière. Ils sont du type dit « couché » (ou en vietnamien : lo ong, four-tunnel), de volume relativement vaste par rapport à d’autres modèles de fours traditionnels (plusieurs ont plus de 20 m de long). Construits à plat ou légèrement inclinés, certains sont partiellement enterrés et se marient aux contours voluptueux de ce lieu charmant. Chaque four est protégé de la pluie par une belle toiture en tuiles, qui peut également abriter beaucoup d’articles qui sèchent en attendant la prochaine fournée.

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