Voyage aux villages de métier au Vietnam 2

La maison communale (dinh)
La maison communale est l’un des pôles essentiels de la vie villageoise. Une expression imagée vietnamienne se traduit par : « Aussi grande qu’une maison communale », qui évoque un bâtiment aussi imposant et aussi présent dans la vie quotidienne que l’église gothique au cœur de certaines bourgades européennes au Moyen Âge. Les annales historiques témoignent de l’existence de maisons communales au Vietnam depuis le XVe siècle, mais les exemples les plus anciens encore debout à ce jour sont du XVIe siècle. Ces maisons classiques furent construites en bois massii avec de grandes et lourdes toitures en tuiles. On a continué à ériger des dinh, même au XXe siècle, mais on ne peut plus se permettre de construire des édifices aussi grands et ornés avec des matériaux aussi dispendieux.

Chaque village au Vietnam a normalement sa maison communale. C’est généralement la structure la plus grande du village, et le point focal de l’identité et la fierté communautaires, qui remplit les foanctions suivantes :
• un endroit voué au culte du (des) génie(s) tutélaire(s) du village ;
• un lieu de rencontre, où les gens se réunissent afin de discuter des affaires de la vie villageoise ;
• une structure pour accueillir des festivals, des fêtes et des performances de toutes sortes, comme le tuông (opéra classique vietnamien), le ebèo (opéra populaire vietnamien), le quart ho (duos de chant amoureux : voir encadré P-91) ou même les roi nUôc (marionnettes sur l’eau : voir explications dans la première partie).
Les autres grands bâtiments publics traditionnels, également (et avant tout) des lieux de culte, sont la pagode (chiia), dédiée au culte du Bouddha, et le temple (déri), dédié à des personnages déifiés de tout acabit, que ce soit d’anciens rois, des héros militaires, des martyrs divers ou des savants bienfaiteurs (voir 1er partie ).

Le âinh mesure 30 m sur 15 met il est l’une des plus grandes constructions en bois au Vietnam. La toiture en tuiles représente environ trois quarts de la hauteur totale du bâtiment et pèse plusieurs tonnes. Soixante énormes piliers en bois de fer soutiennent le toit. La légende veut que Nguyên Thi Nguyên ait fait venir le bois pour ces colonnes de sa province natale de Thanh Hoâ (où son mari avait été gouverneur). Ce genre de grande construction était effectué par des travailleurs sous le contrôle d’un maître-charpentier. Beaucoup d’assemblages de boiseries avaient lieu préalablement par terre à côté, puis deux grandes équipes montaient chacune une moitié de la maison. Le jour de fête où les équipes se sont rejointes n’avait sûrement rien à envier à celui qui a vu enfin se réunir les foreurs français et anglais sous la Manche !

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Par souci de géomancie, la maison est placée sur un terrain légèrement surélevé et orientée vers le sud. Cependant, lors de sa construction, l’on s’est gardé de cimenter les piliers aux socles en pierre, ce qui permettrait un déménagement (bien théorique, il nous semble, au vu de l’échec des chars français…), si jamais les géomanciens des générations futures le préconisaient.

L’intérieur de la maison est richement décoré de bas-reliefs en bois et les poutres ainsi que les colonnes sont finement sculptées, notamment avec beaucoup de figures de dragons et d’autres animaux réels et mythiques. Cherchez une gravure particulièrement originale sur un panneau de la cloison (entre les colonnes plus grandes et celles plus petites) : on y distingue huit chevaux lancés dans une course.
La fête annuelle en l’honneur des génies tutélaires a lieu le 12e jour du 2e mois lunaire, et jeux et divertissements sont au rendez-vous : des échecs chinois, de la lutte, des combats de coqs, des jeux de balançoire. Le soir, il y a des performances de chèo et quan ho (voir encadré p. 91). Il y a également une fête annuelle à l’honneur des Luc Tô, les six fondateurs du village (du XVe siècle), qui se tient le 6e jour du 1er mois lunaire.

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