Voyage aux villages de métier au Vietnam 20

Les fours sont chauffés au bois (traditionnellement l’unique combustible employé par les potiers tonkinois), et partout à Phù Lâng, on en croise de vertigineux empilements : des gratte-ciel et des barres xylotechniques, échafaudés contre le ciel et obstruant le paysage, mais conférant également un charme chaotique au village. Le chauffage au bois rajoute à la dimension artisanale du procédé : cela laisse un contrôle limité de la durée de la fournée et de sa température (qui devrait être à 500-700 °C). On assistera sans doute à une introduction progressive de fours à gaz (comme à Bât Tràng : voir Itinéraire 2) qui répondront mieux d’ailleurs aux exigences plus précises de la céramique artistique (pièces parfois compliquées ou fragiles, émaux variés…). Il faut dire aussi que l’emploi du bois présente de graves problèmes environnementaux : on doit aller de plus en plus loin pour en trouver (dans les régions montagneuses limitrophes du delta) et la fumée pollue l’air du village, d’autant plus que le volume de production continue d’augmenter (et qu’en temps de pénurie de bois, on le complète avec du charbon).

N’hésitez pas à rentrer dans un four (de préférence pas en marche) afin d’en apprécier les dimensions et le détail. Dans le hameau de Thü Công (localisé sur la digue), les fours sont regroupés autour de l’ancienne coopérative. Une poignée de dispositifs privés mise à part, chaque four est partagé entre dix à douze potiers qui s’en servent à tour de rôle pour leur production indépendante. Ils tirent au sort leur tour, tout en se cotisant pour acheter le bois nécessaire à lancer la première fournée, quand le four est encore froid (et en espérant ne pas écoper du deuxième tour, réputé mauvais pour la qualité de la fournée…). Notons également que l’impôt perçu par la commune de Phù Lâng n’est pas payé en fonction des fenêtres, des chapeaux, des barbes ou des escaliers, – mais est bien lié aux fours de potiers !

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Un autre élément saisissant du paysage est l’utilisation faite des ratés de cuisson : ces déchets plutôt esthétiques (principalement des urnes funéraires, mais également des jarres ou autres pots, ce qui fait tout de suite mieux que des sacs en plastique ou des produits chimiques), sont employés pour construire des murets d’enceinte, rehausser des murs, boucher des trous, ou sont tout simplement empilés aux alentours. Cet emploi des rebuts pour ériger des clôtures entre les fours et les habitations, plutôt que les petites haies en matière végétale usuelles, a également l’avantage de minimiser le risque de propagation d’incendie.

Les ateliers de potiers
Il y en a un peu partout dans le village – des ateliers familiaux (parfois depuis plusieurs générations) ainsi que des petites sociétés de production. En demandant (bien entendu) la permission d’abord, on peut facilement en visiter plusieurs. Depuis la relance du métier à l’aide des urnes funéraires, le style de poterie répandu à Phù Lâng (celle qui est en glaise cendrée d’aspect clairement artisanal) est remonté en vogue. Par exemple, plusieurs restaurants se voulant chics ou d’ambiance artistique à Hà Nôi s’en servent désormais, et l’on verra ici une grande variété d’articles à tous les stades de fabrication. On peut également acheter ici des poteries chez l’artisan à des prix défiant toute concurrence hanoïenne.

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