Voyage aux villages de métier au Vietnam 24

Thô Ha
COMMENT S ’Y RENDRE ?
Vraiment difficile d’accès par la route, nous vous proposons d’aller à Thô Hà en bac, c’est le trajet le plus simple (et le plus agréable), en laissant son véhicule près de l’embarcadère. Ces petits bateaux rudimentaires partent à quelques kilomètres seulement du centre ville de Bac Ninh (quoique Thô Hà se retrouve aujourd’hui tout juste dans la province avoisinante de Bac Giang), et n’ont que la largeur de la rivière Câu à traverser.

En arrivant dans la ville de Bac Ninh par la route nationale 1 en provenance de Hà Nôi, chercher une église à droite à un carrefour/rond-point. Il y a une pancarte sur le portail de l’église : « Tôa gidm mue » (évêché). (N.B. : Si vous arrivez de Phù Lâng, rentrez dans la ville par la cité administrative, allez tout droit jusqu’au bout de la rue qui traverse le centre-ville. Tournez à gauche et prenez la route en direction de Hà Nôi et… cherchez l’église sur votre gauche).

A ce carrefour, tournez à gauche (droite à partir du centre-ville) sur Diïông Thiên Diïc. Traversez la voie de chemin de fer. Après 800 m (la même route est devenue maintenant Du’ông Lê Phung Hiê’u), tournez à droite sur Công Hâu (Phiïdng Kinh Bac, Bac Ninh) et continuez tout droit, pendant 2 km (on sort de la ville). Vous passerez un pont.
Sur votre droite, vous longerez la berge de la rivière Câu en face de Tho Hà, dans Xâ Van An ; il y a deux bacs qui traversent, d’abord un petit, ensuite un plus grand environ 300 m plus loin. Le premier passage (surtout) est difficile à trouver : la ruelle étroite qui descend vers la berge se trouve 3-4 maisons après une grande maison bleu foncé/bleu clair, avec une pancarte : « Güixe » (consigne de véhicules).

LE CONTEXTE
Poursuivant notre remontée dans le temps et la rivière Câu, nous allons à Tho Hà, un village fascinant, avec une riche tradition potière, hélas presque entièrement conjuguée au passé.
Tho Hà est construit sur une languette de terre légèrement surélevée, mais hors digue, dans le creux d’un méandre dans la rivière Câu (bien en amont de Phù Lâng). Quoique frôlant la perfection selon les critères du phongtkùy (en chinois : feng shui) – la géomancie vietnamienne, cette situation géographique expose le village à de terribles inondations, normalement au moins deux fois par an, et une quasi-disparition temporaire au temps des grandes crues (environ tous les 15 ans, lorsque débordent les deux étangs qui ceinturent le côté nord du village). Un autre problème relié à sa situation est le manque de terres rizicoles : Thô Hà est pour ainsi dire condamné à être un village de métier, puisque autrement il ne pourrait se nourrir, mais il manque également de place pour une expansion des activités industrielles.

Partout à Thô Hà, on peut voir les traces d’un passé plus fastueux : les beaux bâtiments anciens, publics et privés sont légion, notamment le célèbre dinh et la pagode Doan Minh. Il n’est pas difficile de conclure que ce village a sombré dans une période plus pénible, sans avoir trouvé de façon aussi réussie que Phù Lâng les moyens de se relever.

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le(s) métier(s)
Comme l’on a déjà mentionné, Thô Hà était autrefois réputé dans le nord du delta comme fournisseur d’urnes funéraires, ainsi que d’autres produits céramiques non émaillés de couleur marron clair ou gris foncé (comme des jarres, des vases, ou des brûle-parfum). Des artisans de Phù Lâng ont « volé » le savoir-faire des urnes funéraires aux céramistes de Thô Hà au tournant du siècle, mais le déclin du métier remonte plus loin.
Depuis au moins le XVIIe siècle (un habitant de Thô Hà prétend que des archéologues ont trouvé des traces de fours remontant au IXe siècle) jusqu’à après la fin de l’époque coloniale, Thô Hà fut un centre très réputé de production d’objets en céramique (et surtout de ces fameuses urnes funéraires dont vous avez vu les copies faites à Phù Lâng). Le chercheur français Pierre Gourou, auteur d’une superbe étude approfondie de la vie des paysans du delta tonkinois relate, en 1936, que les-artisans de Thô Hà descendaient la rivière Câu avec des bateaux remplis de céramiques à vendre, allant jusqu’à l’extrême sud du delta et remontant avec du nüôc mam (saumure de poisson) et du sel afin de rentabiliser le voyage.
Dans un passage admiratif- de l’ingéniosité des contrebandiers d’alcool, Pierre Gourou relate que : « on a trouvé des jarres pleines de riz en fermentation (…) dissimulées dans les rebuts de fabrication des poteries de Thô Hà, grandes jarres ou petits cercueils de terre cuite, qui constituent les murs de nombreux villages à l’ouest de Bac Ninh… ».

Hélas, aujourd’hui pratiquement toute production de céramique s’est arrêtée à Tho Hà. Pourquoi ? Il v a plusieurs raisons (dont certaines expliquent d’ailleurs pourquoi des dizaines d’autres villages de potiers ont « disparu », en ne laissant presque pas de trace de leur ancienne activité).
Tout d’abord, l’arrivée d’autres matières, plus légères, plus robustes, moins chères, comme l’aluminium, l’inox et le plastique. D’autres goûts, d’autres modes s’installent. C’est le progrès. Ensuite, le problème de transport déjà évoqué dans le cas de Phù Làng : Tho Hà tourne le dos à Hà Nôi sur son méandre resserré d’alluvions de la rivière Cau, et l’accès routier est étonnamment pénible. Passer par le bac et les petites routes vers Bac Ninh et au-delà n’est guère préférable. C’est la modernité. Enfin, il y eut l’époque collectiviste. On a fait travailler les potiers de Tho Hà dans une coopérative, assez loin du village, en accord avec une politique de collectivisation de l’artisanat. Auparavant, les potiers vendaient directement leur production. Ensuite, l’Etat s’en chargeait, et l’artisan était payé principalement en riz. Le problème, c’est que l’État payait peu et irrégulièrement, la commercialisation laissait à désirer et les artisans, moins impliqués donc moins motivés, ne donnaient pas forcément le meilleur d’eux mêmes. En 1991, il a fallu dissoudre la coopérative. C’est l’idéologie.

Depuis, la plupart des habitants de ce village très dense, pratiquement sans terres, ont dû trouver d’autres moyens de se nourrir. Tho Hà a massivement changé de métier et aujourd’hui est réputé pour ses bânh cîa, des petites galettes de riz pour faire les nem. L’une des vraies joies de la visite du village, c’est la beauté de la lumière tamisée transparaissant à travers ces galettes translucides, étendues à sécher sur des claies en bambou qui forment de véritables toits au-dessus des venelles pas plus larges qu’un mètre. On trouve de ces claies de galettes également devant la pagode, sur les toits, en équilibre sur des murets, contre des tombes au cimetière… Donc, allez à Tho Hà plutôt en tout début d’après-midi ou le matin, les jours où il ne pleut pas et où l’électricité fonctionne, pour admirer ce spectacle ! A partir de 3-4 heures de l’après-midi, les villageois rentrent leurs claies au bercail.

Une des moins grandes joies de la visite à travers les venelles qui partent toutes en angle droit de la rue principale du village, c’est l’odeur des cochons… La transformation du riz en galettes, nouilles, pâtes de tous genre et alcool est toujours associée à l’élevage des cochons qui sont alimentés avec les résidus du riz.

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