Voyage aux villages de métier au Vietnam 25

QUE RESTE-T-IL DE NOS VIEUX FOURS ?
Avant son déclin, Tho Hà comptait une bonne cinquantaine de fours à bois dans un espace urbanisé très dense. Pierre Gourou {op. cit.) fait remarquer que déjà dans les années 1930, faute de bois, les potiers employaient même de l’herbe sèche comme combustible. Aujourd’hui, on ne voit que des vestiges de vieux fours – surtout des fours-crapauds {là côc), encore très beaux, mais tous laissés à l’abandon. – Tous ? Non, il reste toujours un foyer au village où, à l’aide d’un four-crapaud à dimensions réduites dans la cour, une petite quantité d’objets en céramique est produite.

C’est la demeure de M. Trinh Dac Tân, restaurateur de métier et anciennement de la coopérative (celle de l’époque collectiviste), et de son parent, M. Cap Trong Tuât, militaire à la retraite, qui ensemble tentent de renouer avec le savoir-faire ancestral (ils sont d’une longue lignée de céramistes) et de former d’autres artisans afin de relancer l’activité traditionnelle du village. En 2006, ils étaient une dizaine à travailler dans l’atelier, la coopérative recommençant à fabriquer des urnes funéraires avec des toitures sophistiquées (qu’on ne voit pas à Phù Lâng), des bassins pour bonsaïs et poissons, des petites théières, des tabourets pour pots de fleurs, etc. Cette coopérative peut être visitée et on peut même y acheter des poteries simples (théières, bols…). Son entrée donne sur la droite de la place de la pagode.

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On ne peut qu’espérer que cette initiative courageuse porte ses fruits : une proportion importante des habitants de Tho Hà (jusqu’à 70 % selon Le Courrier du Vietnam en 2003) vivent actuellement dans le besoin (le village, très peuplé déjà il y a un siècle s’approche d’une population de 4 000 pour une superficie de seulement une trentaine d’hectares). Qiu plus est – avanie suprême -, les endeuillés de ce village autrefois réputé dans tout le delta pour ses urnes funéraires se voient contraints d’aller les acheter chez les « voleurs de métier » à Phù Lâng.

Ceux qui tentent de relancer la production céramique à Thô Hà commencent à bénéficier d’appuis importants :
• Les autorités villageoises (qui ont assisté de près au déclin des entreprises de Tho Hà et qui, dans les bâtiments publics traditionnels dont ils sont les gardiens, disposent d’anciens modèles de céramiques datant de la dynastie des Lÿ).
• Les autorités provinciales (qui se sont engagées à céder une parcelle de terrain afin d’aider à la relance du métier).
• L’Ecole des beaux-arts (qui souhaite former des étudiants originaires de Tho Hà et voir les traditions potières reprendre là-bas).
• Le Département du Patrimoine culturel du ministère de la Culture, du Tourisme et du Sport du Vietnam (qui œuvre à protéger et rénover certains bâtiments du village depuis longtemps et qui représente le gouvernement central, lequel commence à s’intéresser vivement aux villages de métier comme endiguement potentiel à l’exode rural vers les grands centres urbains).

• Le service général du Patrimoine culturel et des Arts plastiques de la Communauté française de Belgique ainsi que le Musée royal de Mariemont en Belgique (qui ont établi un itinéraire culturel dans les villages artisanaux de potiers du delta du fleuve Rouge, comprenant Tho Hà et qui proposent de participer à la restauration du patrimoine architectural et culturel du village).
À VOIR
Même si actuellement il n’y a pratiquement plus d’activité potière à apprécier à Tho Hà, ce ne sont pas les choses à admirer qui manquent. Commençons avec les patrimoines religieux et cultuel remarquables, qui datent de la période où Tho Hà jouissait d’une prospérité et d’une notoriété exceptionnelles grâce à son métier traditionnel.

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