Voyage aux villages de métier au Vietnam 26

Dinh de Tho Hà
En avançant tout droit avec le bac principal (nommé Van) dans son dos, on tombe presque directement dans la zone cultuelle, qui divise le village en deux. Il faut d’abord traverser la place du marché du village, ensuite un grand terrain bordé de salles basses récemment rénovées. Le dinh s’élève désormais devant vous : l’un des plus grands de tout le delta (27 mètres de façade par presque 16 mètres de profondeur), qui impressionne vraiment par sa taille imposante, ses détails de décoration et son état de préservation (malgré quelques réparations assez récentes).

Ce bâtiment est en fait deux : d’abord une salle de sacrifice, cinq travées de large. On y trouve une stèle qui raconte la construction du dinh, à la fin du xviT’ siècle ainsi que deux stèles plus petites qui témoignent de la participation financière des familles de Tho Hà aux travaux de construction. Certains de leurs descendants vivent toujours au village.

On passe ensuite dans la salle de prières, un bâtiment distinct, sept travées de large (et 500 m2 de surface). Ici, on voit 48 piliers en bois de lim (ou « bois de fer ») qui reposent sur des socles en pierre verte. Les piliers principaux au centre sont peints en rouge et or avec des motifs de dragons et de nuages. Selon la tradition populaire, les poutres sont adroitement sculptées avec des formes d’animaux sacrés et mythiques ; de fort jolies danseuses chevauchent certaines de ces bêtes, accompagnées de moins jolis danseurs (on y devine facilement la préférence des sculpteurs).
Cette salle principale de la maison communale communique derrière avec la chapelle sanctuaire du génie du village, par un petit passage étroit, afin de donner par l’ensemble la forme approximative du caractère chinois « I » (cong).
Ne manquez pas d’apprécier la très belle toiture de la salle des prières de l’extérieur, avec ses quatre larges pans couverts de tuiles dites « en forme de pointe de soulier ». Les extrémités du faîtage sont incurvées et décorées de figurines en terre cuite (produites à Tho Hà, bien entendu), représentant des dragons aquatiques et des lionceaux. Il y d’autres décorations délicatement exécutées dans les briques creuses qui soutiennent le toit.
En octobre 2008, le dinh était en pleine rénovation entreprise sous l’égide du ministère de la Culture dans le cadre du projet « Itinéraire des villages de potiers » effectué en partenariat avec le Centre Wallonie Bruxelles (voir p. 58).

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La Pagode Doan Minh
Avançant plus loin à travers le village, on arrive à la pagode ou chùa. Elle précède la maison communale d’une soixantaine d’années (en 1633), elle est d’inspiration fortement chinoise, similaire en conception à la superbe pagode But Thap (Itinéraire 3, p. 148), et comporte plusieurs beaux éléments, comme ses magnifiques statues et encensoirs (en céramique avec glaçures de couleur peau d’anguille). Une stèle, érigée en 1693, évoque l’époque de grande gloire mercantile de Tho Hà (déjà mentionné dans la première partie) :
« … au cours de la dernière dynastie, notre village avait déjà un embarcadère pour son marché bouddhiste, qui se tenait 12 fois par mois. On y vendait de la faïence et de la céramique : les marchands amoncelaient leurs articles, richesse et marchandises circulaient librement et abondamment. Chaque foyer avait son propre four pour fabriquer des outils et on célébrait un festival chaque automne… ».
Au XVIIIe siècle, selon (Nguyën Diïc Nghinh, 1993), un grand marché des potiers se tenait dans la cour de la pagode à Tho Hà, jusqu’à 12 fois par mois.

Aujourd’hui, cependant, la situation de cette pagode dans le village la laisse très exposée aux inondations, elle a une toiture très lourde qui commence à s’effondrer et de nombreuses réparations (pas toujours des plus respectueuses du patrimoine) n’ont pas empêché le bâtiment de tomber dans un état assez critique de délabrement. D’ambitieux projets de rénovation sont à l’étude.
D’autres bâtiments et constructions intéressants sont éparpillés dans le village :
• L’imposante porte d’entrée du village, du côté nord-ouest, près de la pagode ;
• Les petits diêm, temples, répartis dans chacun des quatre xôm (hameau) du village. Ces petits temples servent de lieu de refuge en cas de pluie, de prière, de regroupement avant de partir aux funérailles, de réunion… Tous les 15 jours, (le 1er et le 15 » jour du mois lunaire) on y brûle de l’encens pour les ancêtres. On y stocke même les claies en bambou sur lesquelles on fait sécher les bdnh da.
Les fêtes annuelles
La fête du printemps du village commence le 20e jour du 1er mois lunaire et dure trois jours, avec des jeux traditionnels, des spectacles, du chant quan ho (voir encadré Itinéraire 1, p. 91) et de l’opéra tuông.

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