Voyage aux villages de métier au Vietnam 27

BÁT TRÀNG
COMMENT Y ALLER ?
C’est notre village le plus proche de Hà Nôi et le plus facile à atteindre. Prenez la sortie de Hà Nôi à l’est par le pont ChiïOng Du’Ong et tournez tout de suite à droite sur la route-digue qui longe le fleuve Rouge vers le sud. Suivez les « méandres » de cette route pendant une dizaine de kilomètres. Vous verrez un peu après le nouveau pont qui enjambe le fleuve, sur la droite (en zone hors-digue), un grand panneau qui vous annonce que vous êtes arrivés. En fait, vous entrez par le village de Giang Cao, transformé en véritable supermarché et revendeur de poteries du célèbre village de Bat Tràng qui se trouve près du fleuve (voir carte p. 125).

LE CONTEXTE
La céramique chinoisefait plaisir aux yeux ;
La céramique vietnamienne fait plaisir au cœur…
Bât Tràng, situé au bord du fleuve Rouge, à une quinzaine de kilomètres en aval de Hà Nôi (de l’autre côté, sur la rive gauche), est un « morceau de choix » dans le cosmos des villages de métier… C’est le village de céramistes le plus réputé du delta du fleuve Rouge, loin devant Phù Lâng et Thô Hà (voir Itinéraire 1 bis, p. 92), sans parler des autres importants foyers de production dans le delta qui se sont progressivement tous éteints (comme notamment Chu Dâu, près de Hâi Du’Ong).

Bat Tràng (ce nom, relativement récent, peut se traduire comme « qui fabrique des bols », « atelier de bols » ou encore « des cent fours ») domine désormais le commerce de la céramique artisanale dans le nord du Vietnam. C ’est sans aucun doute l’un des villages de métier les plus fréquentés ou visités de tout le delta. Sa réussite est assurément une récompense méritée du labeur et de l’ingéniosité de ses habitants, mais on peut quand même se permettre de juger que Bât Tràng, dès le XVe siècle situé sur la voie fluviale entre Thâng Long (Hà Nôi) et Phô Hién, les deux plus grandes villes et centres commerciaux de l’époque, a eu du bol – et c’est le cas de le dire.

Son succès touristique actuel (avec les retombées économiques induites) découle de sa proximité avec Hà Nôi, de la possibilité de s’y rendre facilement par la route ou par le fleuve (voir encadré p. 112), de l’activité bourdonnante et omniprésente qui règne au village ainsi que de la profusion de céramiques (façonnées avec des techniques variées) qu’on peut y admirer – et, bien entendu, acheter.
Et pourtant, les origines de cette « success story » se trouvent dans une situation géographique a priori peu avantageuse pour un village typique du delta : premièrement – manque de pot -, Bât Tràng est localisé hors-digue, se trouvant donc en zone inondable et possède peu de terres cultivables. Pire encore, ce village est terriblement exposé, perché dans un coude du fleuve sur un talus d’alluvions (et de gisements d’argile blanche, depuis longtemps épuisés) ; or le fleuve Rouge est connu pour son grand débit d’eau qui dévale son cours étroit avec force en temps de crues, charriant ou inondant tout sur son passage.

A voir: voyage circuit vietnam cambodge | séjour ninh binh | voyage Vietnam Nord 10 jours | Voyage en indochine

Il a donc fallu trouver une activité économique qui puisse s’accrocher et fleurir ici, sans qu’clle soit trop vulnérable aux aléas hydrologiques et à la configuration géomorphologique du lieu. En 1352, quand les alentours de Bât Tràng sont déjà établis comme lieux de production de céramiques, la toute première mention spécifique du village dans les annales vietnamiennes fait état d’une terrible inondation dans la région. Au milieu des années 1950, une bonne partie du vieux village fut emportée par les eaux ; lors des excavations pour percer un canal du côté sud du village, on a découvert des vestiges d’habitations et des rebuts de four à une douzaine de mètres de profondeur. Quand vous irez vous promener du côté ouest de Bât Tràng, face au fleuve, vous allez pouvoir juger par vous-même de la sévérité de l’érosion subie ici.

Une production de céramique existe près du site actuel de Bât Tràng depuis au moins le XIVe siècle (selon certaines sources, depuis même le XIIe siècle – pendant la dynastie des Lÿ, suite à la fondation de Thâng Long/Hà Nôi, en 1010). Pendant la dynastie des Lê, en 1435, le village a dû fournir un jeu de 70 plats et bols en guise de tribut, présenté à l’empereur de Chine. Les porcelaines et faïences chinoises étaient depuis longtemps la référence extrême-orientale (toutes les légendes d’ancêtre de métier dans les villages de potiers et céramistes du delta attribuent des origines chinoises à ce savoir-faire tonkinois). Cet événement laisse conclure que la céramique de Bàt Tràng devait déjà avoir atteint un certain niveau de sophistication au début du XVe siècle, pour qu’un tribut de vaisselle d’un pays vassal soit jugé potable.

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply