Voyage aux villages de métier au Vietnam 29

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Le dédale de ruelles : prenez le temps de vous y perdre, en vous demandant pourquoi on a créé un écheveau aussi labyrinthique… ? C’est une physionomie similaire à celle de beaucoup de villages du nord du Vietnam où l’espace est restreint : le village est un lieu de refuge et de retranchement dans cette plaine où il n’existe ni citadelle, ni maquis naturels. Devant l’envahisseur ou l’agresseur (et ce n’est franchement pas cela qui a manqué par ici), on s’évade et l’on disparaît au détour d’une venelle. C’est un moyen de décourager toute intrusion de ceux qui sont étrangers au village, y compris les voleurs. Le dédale de ruelles de Bât Tràng réduit aussi la force des eaux lors des inondations.

Les fours : Bât Tràng a une profusion de fours d’un genre différent des fours couchés de Phù Lâng ou des fours- crapauds utilisés autrefois à Thô Hà (voir Itinéraire 1 bis, p. 98). Dans la catégorie artisanale, il y avait assurément aussi des fours-crapauds ici autrefois, mais on n’en a pas encore découvert de trace. Plus tard sont venus des là dan, similaires à des fours couchés, mais à chambres multiples, permettant des températures de cuisson plus élevées. Une variante impressionnante de cette sorte était l’énorme là dan ou tour-dragon, avec des chambres en forme de coquillages géants qui se chevauchent. Il est possible d’en admirer un bel exemple, préservé dans l’enceinte de la compagnie de céramiques Hamico, au nord de la pagode et du marché aux céramiques, juste avant l’étang de nénuphars de l’autre côté de la rue.

Poursuivant la lignée des fours artisanaux, on a conçu le four-cheminée (là dûng ou « four debout » en vietnamien, aussi appelés là hôp, « four-boîte »), encore très répandu dans le vieux quartier. Pourtant, ce style de construction n’est vraiment pas ancien : les « quatre ou cinq fours en activité » répertoriés par Pierre Gourou dans les années 1930 étaient tous des fours couchés très grands, tous disparus.

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Les fours-cheminées sont apparus à Bât Tràng voilà une trentaine d’années seulement, sans doute en réaction au manque de place et de bois. Faits en briques locales, ils ont une dizaine de mètres de haut et de nos jours sont coiffés d’un coquet toit en tôle ondulée. Un four de ce genre n’a une vie utile que de six ou sept ans, tout au plus : ils ne sont pas construits pour durer, subissent de grands écarts de chaleur et vous en verrez dans des états très délabrés. Le combustible, c’est-à-dire les pains de charbon (en fait, c’est du charbon venu par voie fluviale des mines proches de la baie de Ha Long, mélangé à du sable ou des déchets de céramique) est empilé au fond du four et collé aux murs par des ouvriers agiles.

Ces fours artisanaux à charbon sont très polluants (voir encadré p. 123). Moins polluants et plus performants pour des cuissons complexes et délicates qui nécessitent souvent des températures plus régulières ou élevées (glaçures multicolores, porcelaines fines…) sont les fours à gaz. Ces fours, beaucoup plus petits mais également beaucoup plus chers (200 millions VND en 2002), commencent à remplacer les fours-cheminée, du moins parmi ceux qui trouvent les moyens nécessaires pour se les procurer.

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