Voyage aux villages de métier au Vietnam 30

Bát Tràng dans les années 1930
Toujours grâce à Pierre Gourou, ce géographe français qui a sillonné les villages de métier du delta avec un œil attentif et une plume perspicace dans la période d avant-guerre (une biographie de Gourou se prépare actuellement), nous avons un portrait assez surprenant d’une phase morose dans les fortunes du village :
« Bât Tràng est certainement le village du delta tonkinois qui donne la plus forte impression d’organisation industrielle, avec ses fours monumentaux (…), ses maisons serrées, où l’on ne voit point de buffles ni d’instruments aratoires (…). Mais ce village à peu près exclusivement industriel, qui n’a presque pas de terres de culture, est en décadence : il n’y a plus que quatre ou cinq fours en activité ; les habitants attribuent cette décadence à la difficulté de trouver de la terre et au prix trop élevé qu’ils doivent la payer. (…) Il semble que les habitants de Bât Tràng pensent plus à se plaindre qu’à agir. Un certain nombre d’eux se sont établis comme briquetiers au dehors et les femmes de Bât Tràng font un gros commerce de noix d’arec sèches [élément essentiel d’une chique de bétel] et de nUÔc mâm [la fameuse saumure de poisson nationale]. » (Gourou P., 1936, p. 502-3)

Cette morosité de céramistes marris par les coups durs du destin ne se limite certainement pas à Bât Tràng : en 1936, Gourou recense une bonne vingtaine de villages de potiers encore actifs dans ce qu’il appelle le «delta tonkinois ». Vingt ans plus tard, comme en témoignent deux autres chercheurs français, Pierre Huard et Maurice Durand, tandis que la période coloniale tire à sa fin et le conflit pour l’indépendance se généralise, il n’en reste que trois : Thô Hà, Phù Lâng et Bât Tràng. De nos jours, seuls les habitants de deux villages du delta – Phù Lâng et Bât Tràng -, parmi les trois recensés, fabriquent encore réellement de la céramique artisanale. Dông Triéu (un village près de la baie de Ha Long qui figure sur l’Itinéraire des Potiers : voir première partie p. 58) n’est pas mentionné par Pierre Gourou. Une tradition locale ferait remonter le métier au XVIIIe siècle, mais les premiers fours ont été construits en 1955.

You can leave a response, or trackback from your own site.

Leave a Reply