Voyage aux villages de métier au Vietnam 33

Les « briques » de Bát Tràng
Dans une chanson folklorique vietnamienne très connue, un jeune homme déclare à l’objet de son ardeur :
Un jour, j’aimerais me marier avec toi.
J’achèterais des briques de Bat Tràng afin de construire notre maison,
Je les coucherais en longueur et de traverse
Et autour d’un étang en forme de demi dune où tu pourras te laver tes pieds.
On aurait du mal à imaginer une sérénade équivalente en français contemporain, où l’on tente la séduction de l’être aimé par une promesse de lui acheter des panneaux de contreplaqué et de faire installer un jacuzzi pour ses pieds sales, mais c’est justement là tout l’intérêt et la richesse des différences culturelles.
Le problème, c’est cette mauvaise (mais tenace) traduction qu’est le mot « briques » : les briques de Bat Tràng (et il y en a eu beaucoup) n’ont rien d’exceptionnel ; ce qu’évoque la chanson, ce sont les dalles carrées de Bât Tràng
• utilisées autrefois à répétition comme des gazettes dans les fours et devenues ainsi dures comme du grès et appelées « à peau de fer ». Bien qu’elles fussent des produits secondaires, ces dalles étaient fort prisées pour construire, paver et border
• y compris des étangs à lavage de pieds. On peut en trouver utilisées dans la construction des pagodes, des citadelles et même dans les tombeaux d’empereurs autour de la ville de Hué. Sous la dynastie des Nguyên, des habitants de Bât Tràng étaient carrément taxés en dalles « à peau de fer » et en dalles ordinaires.
Nous saluons ici l’excellent travail de recherche dans une monographie publiée en anglais, intitulée {Bat Tràng Ceramies, Phan Huy Lê et al., 2004), qui dévoile la vraie signification des « briques » de Bat Tràng dans la chanson et bien d’autres mystères encore, reliés au célèbre village potier.

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La cuisson
Nous avons déjà parlé des fours. II ne reste que quelques points d’intérêt à évoquer.
On doit placer les pièces à faire cuire de manière à optimaliser l’utilisation de la place et la chaleur. Elles sont également protégées du feu direct dans le four par des gazettes, autrefois des alignements de simples dalles d’argile séchée (voir encadré sur les « briques » de Bât Tràng, p. 121), aujourd’hui généralement des cylindres de matière céramique de basse qualité (qui peuvent servir une vingtaine de fois). Il existait autrefois des guildes versées dans le chargement des fours de Bat Tràng. Des équipes spécialisées venaient de deux villages de la province de Hà Tây dont c’était le métier.

Traditionnellement, l’allumage d’un four était un véritable rituel, avec libations préalables, mené par le maître du four, qui surveillait ensuite tout le déroulement de la cuisson, assisté d’autres membres de sa guilde à lui. Même si une fournée aujourd’hui ne représente pas moins de temps, d’énergie et d’investissement, les aléas de la cuisson sont moindres (surtout dans un four à gaz) et cette tradition tend à se perdre. La cuisson peut durer de 48 à 72 heures, selon ™ les fours et les pièces à cuire ; pour une fournée idéale, la chaleur doit monter de façon régulière jusqu’à la température maximale et ensuite redescendre doucement de la même manière.

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