Voyage aux villages de métier au Vietnam 35

Va-t-il falloir payer les pots cassés ?

Un guide qui se targue de promouvoir le développement durable pourrait difficilement passer sous silence les enjeux environnementaux des industries villageoises.

Avant que des fours à gaz (GPL) ne commencent à apparaître à Bât Tràng, les potiers employaient tous comme carburant du charbon ou, jusqu’à une époque relativement récente, du bois. La prescription et la pénurie ont mis un terme au bois ; l’usage de charbon persiste encore. Chaque 1 000 kg de produits céramiques cuits peut générer 1 400 kg de cendres, 800 kg de poussière et 140 kg de déchets solides. De nos jours (Traditional craft village in industrialization and modernization processes, Trân Minh Yen, 2004), Bât Tràng déverse quotidiennement dans l’environnement : 1 470 kg de poussière, 1 199 m3 de CO2 et une grosse quantité de cendres de charbon, tandis que les rebuts sont jetés dans le fleuve.

L’une des conséquences directes, nous savons que les enfants qui grandissent à Bât Tràng sont sujets à plus de maladies respiratoires que la moyenne. Même avant de se faire brûler dans les fours, le charbon pose de sévères problèmes environnementaux ici. Avec un espace de production limité et plus de 1 400 fours à charbon et à gaz qui chauffent presque continuellement (on fait une pause au Tét, la fête du Nouvel An vietnamien), le mercure à Bât Tràng affiche de 1,5 à 3,5 °C de plus qu’aux alentours, pire même qu’au centre ville de Hà Nôi (Tràn Minh Yen, 2004, op. cit.).

La bonne nouvelle, pace aux amis du pittoresque, c’est que malgré un coût élevé d’installation, le four à gaz supplante progressivement celui au charbon : en plus d’être plus économe, la chaleur ainsi générée est plus unie, plus facile à contrôler et potentiellement plus élevée (jusque 1 360 °C). Un four moderne produit peu de pollution (pour être quand même un peu pessimiste, il survient rarement des explosions du fait des fuites de gaz, il faut le dire !), moins de rebuts et atténue la pénibilité des conditions de travail pour les artisans.

Un modèle dernier cri de four à gaz opère même à circuit fermé, recyclant la chaleur du foyer principal et facilitant le séchage des pièces avant la cuisson.

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Ce serait dommage de voir les fours traditionnels disparaître entièrement : ces structures typiques et pratiques sont une partie importante du patrimoine de Bât Tràng. En accord avec les auteurs de A la rencontre des potiers du delta du fleuve Rouge : un itinéraire culturel, un bel ouvrage, richement illustré, publié par le Musée royal de Mariemont en Belgique en 2006, il faut cependant admettre que :

« Jamais un four n’a été construit pour défier l’éternité. La plupart du temps, les sites de production anciens se signalent aux archéologues par la présence d’amas de tessons de ratés de cuisson et non par des traces de fours ou encore moins d’atelier. »

Espérons donc que les potiers de Bât Tràng et les instances locales voient à temps l’intérêt de conserver des modèles de fours à l’ancienne en tant que partie intégrante du patrimoine villageois, tout en saluant les avances technologiques et écologiques qui permettent à Bât Tràng d’évoluer avec son époque et de réagir aux préoccupations du moment.

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