Voyage aux villages de métier au Vietnam 38

KIÊU KY
Il y a un vieil adage qui dit :
Vivre, c’est d’être un homme de Bat Tràng;
Mourir, c’est d’être un génie tutélaire de Kiêu Ky.
Les morts sont-ils mieux traités que les vivants à Kiêu Ky? Peut-être pas, mais il est vrai que les morts ont la belle vie là-bas : vous allez comprendre pourquoi…

COMMENT Y ALLER?
Kiêu Ky est situé à environ huit kilomètres de Bat Tràng. En sortant de ce dernier, reprenez la même route-digue en direction de Hà Nôi, puis, tout de suite tournez à droite vers la route qui mène à Da Ton. Un peu avant la sortie de cette commune, la route fait une grande courbe sur la droite, puis un grand virage à angle droit, vers la gauche, puis quelques centaines de mètres plus loin, encore un autre virage à angle droit vers la droite. Là, vous arrivez sur une jolie route de campagne conduisant directement à Kiêu Ky. La circulation se fait rare : le vrombissement des moteurs et le barrissement des klaxons cèdent la place au lugubre beuglement des buffles et au cliquetis métallique des libellules. Et si vous avez de la chance, à l’entrée du village, cette symphonie pastorale s’estompera devant le martèlement rythmique et syncopé des batteurs d’or.

LE CONTEXTE
Kiêu Ky est depuis longtemps le seul village du delta où l’on exerce encore le travail traditionnel de martelage d’or et d’argent afin d’en obtenir des feuilles. Ces dernières, fabriquées avec de l’or ou de l’argent pur, sont destinées à habiller les statues sacrées (bouddhas, bodhisattvas, saints…), à orner les objets de culte (sentences parallèles et transversales) ou à restaurer des monuments (pagodes, temples et maisons communales) et des meubles, tableaux et divers objets en laque.

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Pour peindre des objets ou même des bâtiments, rien ne coûte plus cher que l’or. Selon une stèle à la maison communale du célèbre village de Thô Hà (voir Itinéraire 1 bis p. 107), pendant la seule année de 1692, le volume d’or utilisé pour dorer les portes sculptées du dinh a coûté autant que l’ensemble de la main-d’œuvre pour la construction du bâtiment.

On trouve encore des artisans qui fabriquent les feuilles d’or manuellement ailleurs en Asie, par exemple en Chine et en Birmanie. Ce métier ancestral existe à Kiêu Ky depuis plus de 250 ans. Très fastidieux et faiblement rémunérateur, le travail de transformation des pépites d’or par martelage en feuilles a un avenir incertain. Cependant, grâce à l’activité renouvelée de restauration du patrimoine religieux, actuellement le métier se porte mieux qu’à la fin de la Guerre américaine : selon la revue Vietnam Cultural Window (2006), une cinquantaine de familles seraient encore impliquées actuellement dans la fabrication artisanale des quy, ou feuilles d’or (et d’argent). Selon d’autres sources, neuf artisans sur dix s’adonneraient plutôt au battage de l’argent et de l’étain (le faux argent), le marché pour les quy d’or serait extrêmement réduit. Imaginez que pour laquer un bàn thb, un autel des ancêtres, en vrai or il vous faut 50 quy, soit 50 millions de VND !
Au milieu des années 1970, presque tous les villageois s’étaient tournés vers l’autre métier implanté au village : la confection des objets en cuir (et plus tard, surtout en skaï), comme des sacs, des valises… Cette activité est encore très bien représentée à Kiêu Ky, qui en est un pôle national dans le secteur, et, toujours selon Vietnam Cultural Window, quelque 300 foyers y sont engagés.

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