Voyage aux villages de métier au Vietnam 41

NINH HIÊP
COMMENT Y ALLER ?
Reprenez la route-digue et passez sous l’autoroute. Continuez vers le nord-ouest pendant environ sept kilomètres et vous atteindrez la route nationale 1A. Tournez à droite et au bout de deux kilomètres de banlieue et de zones industrielles, puis de résidus de champs, un monument aux morts et un petit pont, prenez la petite route qui part elle aussi à droite. Non, vous ne tournez pas en rond !
Vous allez traverser quelques vestiges de rizières (vous êtes en plein dans le péri-urbain !) sur deux kilomètres puis voir apparaître des extensions d’un marché de tissus qui ne dit pas son nom. Vous êtes presque arrivés. Vous passez au-dessus d’un joli pont qui enjambe un canal et entrez dans une des communes les plus densément peuplées du delta, 227 habitants à l’hectare, soit 50 % de plus que les quartiers anciens de la capitale !

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LE SITE
Ninh Hiêp n’est pas un village de métier comme les autres. Ninh Hiêp n’est pas un village comme les autres. En fait, Ninh Hiêp n’est même pas un village. Ninh Hiêp est une commune du péri-urbain hanoïen constituée de neuf hameaux pluri-métiers et pluridisciplinaires, avec des savoir-faire à la fois multiséculaires et archi-modernes, qui est aujourd’hui un aimant pour les chercheurs en sciences sociales, autant vietnamiens qu’étrangers.

Par ailleurs, Ninh Hiêp fut l’une des premières communautés à être dotée d’une coopérative artisanale spécialisée à l’époque collectiviste (ou du « mécanisme de l’économie concentrée et de la subvention » pour l’appeler par son petit nom). Il y avait une époque dans le nord du Vietnam (le début des années I960) où, si on jouait au foot avec un ballon de cuir, il y avait fort à parier qu’il avait été fabriqué à Ninh Hiêp. Quelques années plus tard (la fin des années I960), un bô dôi (soldat régulier de l’armée révolutionnaire) qui avait la chance de porter des « chaussettes résistant à l’attaque des sangsues terrestres » pouvait également affirmer, sans danger de se faire contredire, qu’elles avaient fait leurs premiers pas à Ninh Hiêp.

Il y eut une autre période dans cette commune, à la fin du XIXe siècle, où beaucoup de femmes étaient tellement occupées à filer de la soie ou du coton et d’en tisser des habits sur des métiers (y compris des tributs destinés à la Cour impériale chinoise), qu’elles ne savaient même pas repiquer le riz (perçu encore aujourd’hui comme essentiellement un travail de femmes). Ce furent les hommes qui assumèrent cette tâche. On en a même fait pousser une chansonnette :
Cửi canh khuya sớm em lo
Ruộng đồng tát nước be bờ phần anh
Moi, je m‘occupe du métier à tisser,
A toi d’achever les travaux aux champs.

Il fut encore un autre temps, au XIe siècle, où les rois vietnamiens consultaient exclusivement des sommités de la médecine traditionnelle originaires de Ninh Hiêp. Leur savoir-faire en plantes médicinales et remèdes naturels n’avait pas d’égal au sud du fleuve Rouge, mais aujourd’hui les tombeaux de ces grands sages et les monuments somptueux qui leur sont dédiés à Ninh Hiêp sont obscurcis par des pans de tissu nippono-chinois de qualité douteuse, étalés par- devant afin d’attirer le chaland qui passe (sur son scooter sino-japonais). Les marchands ont envahi le Temple et il n’y a point de P’tit Jésus en vue pour leur dire : « bouge de là »… L’histoire de Ninh Hiêp regorge de rebondissements, parfois pas trop positifs, mais toujours fort instructifs : c’est un récit qui vaut la peine d’être raconté (et peut-être, qui sait, d’être lu).

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