Voyage aux villages de métier au Vietnam 42

LE CONTEXTE
Commençons par un peu de concret. Autrefois, la commune de Ninh Hiêp comportait trois villages :
• Phù Ninh (aujourd’hui divisé en 7 Xôm, hameaux, de 1 à 7) ;
• Hiêp Phù (devenuXôm 9) ;
• Ninh Giang (devenu Xôm 8).
Phù Ninh et Hiêp Phù furent jadis spécialisés dans la filature de la soie et du coton fin. Le métier de la filature aurait été initié sous la dynastie des Lÿ (1010-1225) et aurait fait la réputation de Phù Ninh sous la dynastie des Lê. C’est aussi l’emplacement d’un marché très important, le marché Nành, qui approvisionne des artisans qui n’ont pas leurs propres sources de matières premières. Concurrencés par les filatures mises en place à l’époque de la colonie française, les tisserands ne pouvaient plus s’approvisionner en fils et vendre leurs tissages, considérés comme étant désormais trop grossiers (et à 40 cm de largeur, trop étroits, puisque réalisés sur des petits métiers). Les habitants de ces anciens villages se sont recyclés ensuite dans les plantes médicinales, puis au début du XXe siècle, ont commencé à travailler le cuir. Ninh Giang est le berceau du métier de la transformation des plantes médicinales pour les médecines traditionnelles. Sur la pagode de Phdp Van, les noms de médecins célèbres de Phù Ninh sont gravés et rappellent la grande réputation de ce village.

Poursuivons avec une dose de discours fondateur mythico-historique (si ce n’est pas plutôt historico-mythique). Les ancêtres des deux métiers les plus anciens de la commune, celui qui aurait introduit la filature de soie (et de coton fin) et celui qui aurait initié la transformation des plantes médicinales pour la préparation de médicaments traditionnels, seraient une seule et même personne – et, de surcroît, une femme !
A l’époque où elle arriva à Ninh Hiêp (qui d’ailleurs ne s’appelait pas du tout Ninh Hiêp à ce moment-là, mais plutôt Làng Nanh), cette femme était connue sous le nom de Dame Thâi Lâo. Si l’on raconte qu’elle fut originaire de la province de Thanh Hôa, ce n’est assurément pas par hasard. Cette région est une source prodigieuse dans les histoires culturelles fondatrices du nord du Vietnam : voir par exemple les Itinéraires n° 1, p. 59 (le constructeur de D’inh Bâng), n° 3, p. 149 (l’ancêtre des marteleurs de cuivre), n° 6, p. 227 (le post-ancêtre des incrusteurs de nacre) et n° 8, p. 268 (la formation de l’ancêtre des tresseurs de bambou). Précisons que Thanh Hôa abrite le site de Hoa Lif, l’une des premières capitales et centres de civilisation dans le nord du Vietnam.

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Dame Thai Lâo s’installa au village de Phù Ninh, où on lui aurait même fait construire une maison, tellement on avait envie qu’elle reste partager ses savoir-faire divers et variés. Un document gardé dans le village – il raconte sa légende – prétend qu’elle « apprit aux villageois à tisser la soie pour l’autoconsommation ». A vrai dire, les origines de la filature et du tissage dans cette contrée paraissent tellement lointaines qu’une histoire en vaut largement une autre.

A notre sens par contre, Dame Thai Lâo peut prétendre plus sérieusement au titre d’ancêtre du métier de la transformation des plantes médicinales (d’ailleurs, la commune de Ninh Hiêp n’est pas la seule où elle est vénérée comme tel). La légende nous raconte donc qu’elle enseigna aux villageois les rudiments de la pharmacopée du Sud (même si elle faisait ses décoctions à Phù Ninh, de nos jours c’est surtout à Ninh Giang (Xôm 8) qu’on se spécialise dans les plantes médicinales). Elle leur apprit à cueillir les plantes médicinales sauvages qui poussaient en profusion dans la forêt de Que Lâm, qui à l’époque commençait directement aux limites de Phù Ninh. Dame Thâi Lâo leur montra ensuite les principaux procédés de conservation de ces ingrédients médicaux. Adhérant au triste principe du médecin mal soigné, elle mourut jeune, quelques années plus tard, le 18e jour du 1er mois d’une année inconnue (voir la rubrique « à voir », p. 140). Le roi Lÿ Thâi Tô, admiratif face aux pouvoirs de guérison de ses remèdes de bonne femme, et manifestement attristé par son trépas prématuré, la déclara solennellement : « Lÿ Nhû Thâi Lâo dMc sii thân linh », qui veut dire approximativement « génie puissant Thâi Lâo aux médicaments merveilleux » et lui conféra le nom posthume de Ly Nhû Thâi Lâo. C’est sous ce nom qu’elle est connue par la postérité.

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