Voyage aux villages de métier au Vietnam 43

LES MÉTIERS
Nous en avons déjà évoqué plusieurs, mais afin de montrer le mouvement, la réactivicé et la flexibilité protéiforme de ce groupement de villages à métiers multiples, pendant une époque de bouleversements entropiques à accélérations exponentielles, esquissons une vague chronologie à partir du déclin des activités de filature et de tissage.

• Années 1930-1940 : la pénurie de matières premières et le manque de débouchés, provoqués tous les deux par la concurrence française coloniale, sonnent le glas de la filature et du tissage à Ninh Hiêp. Certains artisans continuent à travailler dans le textile, mettant à profit leurs connaissances et leurs contacts pour faire du commerce. D’autres se recyclent dans les autres métiers du village – les anciens et les nouveaux.
La transformation et le commerce des plantes médicinales à Ninh GiangIXôm 8 – à l’origine de la pratique de plus en plus florissante de la médecine traditionnelle à Phù Ninh et à Hiêp Phù et ensuite de l’émergence d’une clientèle plus étendue (rejointe via des marchés et par des intermédiaires) – continuent bon train. On peut même affirmer que ces activités prennent plus d’ampleur qu’aux ères précédentes et se hissent définitivement au-dessus de la catégorie d’occupation rémunératrice d’appoint pour agriculteurs désœuvrés.

Etant donné que les matières premières se font désormais rares sur place (on fait même pousser quelques plantes précieuses dans la commune, mais l’espace est très limité), un certain nombre de villageois (ou communards) commencent à voyager plus loin au nord (et même en Chine, souvent sans papiers d’ailleurs) à la poursuite des plantes recherchées. Simultanément, d’autres gens partent vers le sud s’installer en tant que commerçants de plantes médicinales dans les grandes et petites villes, comme ceux par exemple qui s’établissent à Hà Nôi dans le quartier des 36 Rues, sur la rue Lan Ong (toujours le meilleur endroit – avec la rue Thuôc Bac – pour trouver ces produits dans la capitale) à qui on a donné le nom d’un grand théoricien et praticien de la médicine traditionnelle du XVIII’ siècle : voir encadré p. 137).

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Pendant cette même période (toujours les années 1930-1940), un tout nouveau métier commence à prendre de l’ampleur à Ninh Hiêp : le travail du cuir. Les origines de ce métier remontent au début du XXe siècle, lorsque des villageois sont convoqués pour travailler dans les usines de cuir de l’armée française, dont un certain M. Thach Van Ngü. Quelques années plus tard, il ouvre une boutique d’articles en cuir dans la rue Hà Trung à Hà Nôi. Elle connaît un tel succès que M. Ngü doit faire venir toute une série de jeunes apprentis de son village natal, dont certains s’établissent à leur tour, non seulement en concurrence directe avec lui mais, selon les pratiques commerciales impitoyables du cru, dans la même rue.
• 1946-1954 : c’est la guerre d’indépendance, et nombreux parmi ceux qui travaillaient le cuir à Hà Nôi retournent à Ninh Hiêp, tout en poursuivant leur activité et bientôt fournissant l’armée vietnamienne avec des articles fort utiles. Entre-temps, les plantes médicinales ne sont pas en reste : un vent de patriotisme valorise la science vietnamienne traditionnelle face aux influences occidentales – et l’armée est bien obligée de trouver les moyens de traiter ses blessés dans la jungle, tandis que les sources de fournitures médicales occidentales se tarissent rapidement. La promotion d’une solution locale mène à des campagnes nationales, encourageant ainsi la culture de plantes médicinales, et à partir de cette époque jusqu’à aujourd’hui, on trouve de telles plantations dans tous les parcs nationaux et dans beaucoup de villages, qui souvent sont également dotés d’un dispensaire de médicine traditionnelle.

• 1960 : une coopérative artisanale de cuir et de bâches est créée à Ninh Hiêp. En cuir, ils font des ballons de toutes sortes à la main (foot, volley, basket…), des sandales, des valises… A partir de 1965, la coopérative fait principalement des produits au service de l’armée : sacs à dos, abris en bâches, cartouchières, sacoches pour grenades, postes radio, pistolets, fusils, ou mitraillette AK… Ce modèle de coopérative au pied de guerre est une réussite : tandis que les unités de production en ville sont attaquées, détruites ou évacuées, l’artisanat à petite échelle, dispersé en milieu rural, fait ses preuves et vaut son poids en or pour l’effort collectif de guerre. Dès 1973 (signature des Accords de Paris), la production se réoriente vers le civil : de nouveau, des ballons, des sacs, des cartables, des gants, des selles de vélo…

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