Voyage aux villages de métier au Vietnam 53

DAI BAI : LE MARTELAGE DES MÉTAUX
COMMENT ALLER DE DON G HO À DAI BAI ?
Retournez à la route 182. Passez un grand carrefour en laissant sur la gauche la route qui mène à la ville de Bac Ninh. Continuez tout droit vers l’est. A 5 km environ, sur la droite, le village de Dai Bai est mentionné par un panneau : « Cum di Tîch lich sü vân hôa, LàngNgbégà duc dôngDAI BAI ». On entre dans la commune de Dai Bai par le village de Doan Bai.
Lorsque vous vous approchez du village de Dai Bai (commune de Dai Bâi, district de Gia Binh), c’est autant l’ouïe et l’odorat que la vue qui annonceront la couleur ici : un vacarme assourdissant assaille les oreilles, des vapeurs âcres et de la fumée épaisse remplissent les narines. Vous êtes chez cies spécialistes de la métallurgie : il y a plus de 1 000 ans que les habitants de Dai Bai maîtrisent la technique du martelage de cuivre, et bien plus longtemps encore qu’ils savent faire de la fonderie, qui ici répond surtout aux besoins des marteleurs.
Les matériaux ont évolué : l’homme fait du bronze (mélange de cuivre et d’étain) au Vietnam depuis peut-être 4 000 ans (voir l’histoire des origines du métier, p. 157), le cuivre jaune (mélange de cuivre et de zinc) est arrivé plus tard et la venue de l’aluminium est relativement très récente. On travaille aussi avec l’or et l’argent à Dai Bâi. Les techniques annexes ont changé également : production mécanisée de plaques et barres métalliques, concurrence des plastiques et de 1’ inox. Mais le métier principal perdure : marteler, c’est une activité très manuelle, nécessitant peu d’outils (et donc pas d’investissement dispendieux), mais beaucoup d’adresse et quantité de main d’œuvre bien entraînée.
Dai Bâi (aussi connu familièrement comme Bifôi et jadis comme Vân Lâng) est l’une des meilleures illustrations de ce paradoxe fascinant qu’est le village de métier : dans un cadre très rural, bien à l’écart de Hà Nôi, vous allez vivre une expérience de promiscuité humaine et d’artisanat semi-industriel peu commune. Pour reprendre les mots d’une collègue chercheuse : « Ici, on ne fait pas des chapeaux coniques, on ne rigole pas. En Afrique, il y a des castes de forgerons, des gens à part ; c’est un peu l’esprit de Dai Bâi. »
Depuis au moins le début du xvir siècle, le village de Dai Bâi comprenait 4 hameaux (xôm), chacun étant spécialisé dans un type d’articles :
• Xôm Son = bassins en cuivre, objets de culte ;
• Xôm Giua = théières, bouilloires, petites marmites ;
• Xôm Tây = plateaux, bassins ;
• Xôm Ngoài = grandes marmites pour faire de l’alcool.
Au fur et à mesure, les choses se sont de plus en plus compliquées, imbriquées, enchevêtrées, avec des extensions de certains quartiers et la zone industrielle qui s’y rajoute (de manière semi-organisée…) et des ouvriers qui se spécialisent dans la fabrication d’une partie d’un objet (comme des becs verseurs de bouilloire : voir encadré, p. 164, intitulé « Mission : à la conquête de la sainte bouilloire ») – ou dans une partie de la production d’un objet, comme le lissage et le polissage (après le façonnage et l’assemblage). Notons également qu’au moins 40 % des ateliers sont désormais mécanisés à un certain degré. Puis il y a forcément des articles qui ne s’achètent plus et des nouveaux qui surgissent sur le marché. Consultez notre plan de localisation des productions, ou suivez tout simplement votre nez.

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