Voyage aux villages de métier au Vietnam 57

Si vous lisez ce guide de façon chronologique, vous aurez déjà remarqué un leitmotiv d’inquiétude relié à certains problèmes difficilement contournables, découlant du concept même de village de métier : un lieu d’habitation à l’espace déjà restreint, coexistant avec un noyau de production intensive, parfois carrément industrielle.
Commençons par le positif
• Les « bronzeurs » font du tri : ou plus proprement dit, les femmes qui font la collecte de métaux au village (c’est une activité féminine et il y en a une centaine à Dai Bai), afin de fournir de la matière première aux producteurs, ramassent beaucoup de déchets métalliques de toute provenance : chutes de fabrication, objets cassés et métaux usagés de toutes sortes, soigneusement triés et rapidement recyclés. Il est déjà arrivé qu’on ramène subrepticement des restes d’obus du Laos, parfois avec des conséquences fracassantes, mais bon, on va dire que c’est une époque révolue, tout cela !
Passons au moins positif
• L’alu a coulé le bronze : des doutes existent sur l’emploi à long terme de l’aluminium en contact avec des aliments, mais ces soucis pâlissent en comparaison avec les dégâts incontestables occasionnés aux êtres humains par le travail et l’emploi du cuivre, ingrédient essentiel du bronze, etc. Le contact permanent avec le cuivre et avec ses vapeurs est associé aux problèmes de stérilité, de déformations embryonnaires et éventuellement de troubles nerveux. Si l’essor de l’aluminium a limité l’emploi de cuivre dans un espace si densément peuplé, cela ne peut être qu’une bonne chose.
La pollution à Dai Bâi prend au moins trois formes principales : aquatique, aérienne et sonore. Les fondeurs sont souvent localisés près des plans d’eau, afin de pouvoir laver leurs productions et évacuer les produits chimiques. Ces eaux usées, contenant acides et traces minérales, retournent directement dans la nature et puisque ces polluants sont souvent non biodégradables, le problème ne risque pas de se résorber tout seul. Puis ces étangs sont par ailleurs le lieu de villégiature d’une armada de canards, qui terminent dans l’assiette les jours de fête… (A noter également que la superficie en eau de la commune est très élevée : presque 20 %). Faire fondre des métaux produit des vapeurs, souvent très toxiques, et de la fumée de charbon, combustible employé dans les fours. Il faut veiller à évacuer ces polluants avec de hautes cheminées, idéalement placées loin des habitations. Nous avons déjà évoqué le bruit des marteleurs à Dai Bâi ; rajoutons les machines de production, les forgerons, les véhicules de toutes sortes, les télévisions, les karaokés, les cigales, les grillons… La surdité pourrait parfois presque paraître une bénédiction dans ce village !
Les dangers pour les membres les plus vulnérables de la société villageoise sont multiples. On voit des enfants en train de jouer autour de cuves d’acide et des creusets de métaux chauffés à blanc, parmi le bruit assourdissant des machines. Il arrive qu’il y ait des accidents. Les jeunes et les personnes âgées en particulier semblent être beaucoup victimes d infections respiratoires chroniques, de maladies pulmonaires, etc. Les maisons-ateliers sont souvent entourées de déchets visibles de production antérieure, dangereux également pour la santé de ceux qui y vivent.

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