Voyage aux villages de métier au Vietnam 59

Mission : à la conquête de la sainte bouilloire
Votre mission, si vous l’acceptez, sera de retrouver les traces de nos deux apprenties chercheuses-architectes Lÿ & Sen afin de recréer le parcours de conception d’une bouilloire. Pour cela, laissez-vous guider par ce récit et les indices fournis en annexe par le schéma de montage. Pour les âmes sensibles, armez-vous de boules Quiès et de masques à gaz…
Etrangement, ne tentez pas de remonter la filière en commençant par le début, c’est-à- dire la fonte de l’aluminium et sa transformation en brique, vous ferez « chou blanc ». Repérer les fours est une chose aisée : levez le nez ou laissez-vous guider par ce dernier, vous trouverez des cheminées d’où s’échappent des fumées grisâtres et nauséabondes. Si vous tentez de savoir ce qu’il se passe dans ces ateliers, on vous répondra (toutefois si l’on vous répond) que les clients viennent de partout, de villages autres que Dai Bâi, que l’on vend la production à Hà Nôi ou pire encore que le four dont vous observez le fonctionnement et qui, en dix minutes, transforme vos poumons en ceux de fumeur invétéré, n’est pas un « vrai four », qu’il est temporaire.
Malgré tout, si vous êtes extrêmement têtu et que vous parvenez enfin à trouver un atelier où l’on accepte gentiment de vous répondre, manque de bol, celui-ci fabriquera des pieds pour supports de moustiquaire… Bon, si vous persistez à remonter la filière dans l’ordre chronologique, vous pouvez toujours passer à la seconde étape et chercher les ateliers qui transforment les briques d’aluminium en plaques fines. Pour cela, laissez-vous guider cette fois-ci par le bruit assourdissant des machines. Vous trouverez facilement ces ateliers en début de parcours, près de la route. Mais, pour obtenir des réponses à vos questionnements, il faudra vous munir d’un porte-voix, car l’on n’arrêtera pas la production pour vous, et si toutefois quelqu’un vous répondait, vous auriez droit au même type de réponses très vagues formulées dans les ateliers précédents, ou bien encore, une grand-mère, persuadée que vous cherchez à acheter des briques d’aluminium et voulant être serviable, vous mènera à l’atelier des « pieds de moustiquaire »… AHHHHH !!!!!!
Alors, toujours tenté pour faire ce parcours dans l’ordre chronologique ?
Le plus simple est finalement de chercher un « produit fini », si toutefois, à force de frustrations, vous ne vous êtes pas « brouillé » avec votre complice aventurier. Lÿ & Sen ont donc trouvé un atelier où l’on fabriquait des becs verseurs de bouilloire. Mme Vân Long vous fournira des indices précieux pour la reconstitution du puzzle. Elle achète des déchets d’aluminium qui viennent par camions de Hài Phông. Son mari, avec qui elle vit et travaille, les fait fondre dans un petit four situé dans la cour abritée faisant office d’atelier, et verse ensuite le liquide bouillant dans un moule en forme de « bec », tout simplement. Mme Vân Long se charge de la vente dans sa maison (50 000 VND /kilo, soit environ 25 articles), à des clients qui viennent de « partout », bien évidemment. En insistant un petit peu, vous apprendrez que ces clients viennent en général du même xôm qu’elle (ici le xôm Ngoài) et en insistant encore un tout petit peu, vous obtiendrez le nom d’un client en particulier, la famille Minh (Hiing et Hanh). Vous remercierez alors sincèrement cette dame et arrêterez de vous plaindre en apprenant qu elle se lève tous les jours à 4 heures du matin pour gagner trois millions de VND (soit 140 €) par mois…

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