Voyage aux villages de métier au Vietnam 60

Après avoir trouvé la famille Minh et vous être assuré qu’elle achetait bien des becs de bouilloire à Mme Van Long (ouf !), vous allez avoir le bonheur de pouvoir remonter toute la filière. En effet, Mme Minh Hiïng se fera un plaisir de vous expliquer son parcours de combattant et de vous livrer le nom de ses complices. Voici la recette de fabrication d’une bouilloire :
• Tout d’abord, vous devrez acheter la matière première, à savoir des déchets d’aluminium, dans son cas plus exactement des fils d’aluminium usagés, auprès de camions qui viennent directement de Hài Phông livrer leur « tas de ferrailles » au village.
• Ensuite, vous porterez ces fils d’aluminium à la famille Hoàn-Nghla, qui se chargera de les faire tondre et de transvaser la matière en fusion dans des moules en forme de petites briques (de forme circulaire pour faire le corps de la bouilloire et rectangulaire pour faire l’anse).
• Vous récupérerez alors ces briques pour les apporter à la famille Hoa-Thâp dont les machines se chargeront de les aplatir en plaques fines aux formes et dimensions que vous lui indiquerez.
• Vous porterez ces plaques à la famille Tuyét-Thu qui se chargera de façonner les corps de bouilloire à l’aide de machines et à la famille Châu-Hông qui, elle, se chargera de fabriquer les couvercles.
• Après ce long périple, vous pourrez, chez Mme Minh HUng, marteler le corps de la bouilloire afin de lui donner un aspect « artisanal » et le percer afin d’y intégrer un bec (celui que vous aurez acheté auparavant chez Mme Van Long, si, rappelez-vous, la première personne gentille de la matinée). Vous demanderez gentiment à M. Minh Hanh de bien vouloir vous fabriquer une anse à partir d’une plaque fine que vous aurez découpée en lanières avec des ciseaux géants. Finalement, vous assemblerez le tout et le revendrez à Mme Bà du Xôm Ngoài ou Mme Ânh du Xôm Giüa.
Nous arrivons à l’étape finale, celle de retrouver la trace du chef de la filière. Mme Ânh du xôm Giüa est introuvable, on vous baladera d’une ruelle à l’autre, pour finalement vous dire que cette personne ne vend pas de bouilloires… (Lÿ & Sen n’ont apparemment pas trouvé le bon nom de code, peut-être saurez-vous obtenir le bon). Nous vous conseillons donc fortement de chercher Mme Bà et ce, à l’heure du déjeuner, seul moment de la journée vous affirmera son mari M. Thuc qui ne sait pas grand-chose des activités de sa femme – où vous pouvez être sûr de la trouver chez elle. En effet, Mme Bà se promène toute la journée sur son vélo d’atelier en atelier pour récupérer divers objets fabriqués dans le village (marmites, bassines, casseroles,…) et en particulier votre sacro-sainte bouilloire. Elle ira alors vendre ces objets à la province de Bac Giang située à 45 km de Dai Bâi, en camion qu elle aura loué (si elle en a beaucoup) ou en car public (si elle en a peu). Si vous loupez l’heure du déjeuner, vous pouvez toujours tenter d’interpeller des dames en vélo chargées de montagnes d’articles en aluminium. Avec un peu de chance, vous tomberez peut-être sur Mme Bà…
Enfin, cette matinée harassante se terminera, qui sait, par un fou rire lorsque vous découvrirez que votre chauffeur, qui n’était pas au courant de vos activités, se pointe avec, à la main, je vous le donne en mille : une bouilloire !
Après cette fatigante course au trésor dans ce hameau au milieu du staccato des machines et du martelage, allez vous reposer et vous recueillir devant le mausolée du fondateur de cette dynamique activité, face aux rizières, tournant le dos aux cheminées. Il a été construit à la limite des terres cultivées au sud de l’extension de Xôm Tây Giüa. L’ancêtre du métier est enterré dans un cercueil… en bronze.

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