Voyage aux villages de métier au Vietnam 61

XUÂN LAI : LES MEUBLES EN BAMBOU BRÛLÉ
Non loin de Dông Hô et de Dai Bai se trouve le village de Xuân Lai (commune de Xuân Lai, district Gia Binh), spécialisé dans la fabrication de meubles en bambou « brûlé », ayant une couleur naturelle allant de marron jusqu’à un noir luisant. Ce village a connu un temps de vaches maigres sévères après l’ouverture économique et l’arrivée de produits industriels, comme le « mobilier karaoké » (les petits fauteuils carrés et canapés modulaires en skaï, peu adapté à la chaleur vietnamienne, qu’on voit encore dans les vestibules de mini-hôtels de premier prix – ou dans les karaokés…). Mais sa bonne étoile est de nouveau en train de grimper au-dessus de ce qui reste de la bambouseraie.
COMMENT ALLER À XUÂN LAI ?
Quittez la commune de Dai Bai et tournez à droite à la route départementale 182. Traversez le chef-lieu de district récemment constitué, Gia Binh. Cette petite ville, avec ses larges avenues, contraste avec la trame de l’ancien village sur lequel elle s’est établie. Une fois passé le panneau indiquant la sortie de la ville, à environ 5 km de Dai Bai, on entre dans la commune de Xuân Lai. Juste après les bureaux du Comité populaire de la commune, le Uy Ban Xâ de Xuân Lai, situé sur la gauche, tournez à gauche. Un chemin de terre et en béton s’enfonce vers le nord. A un peu plus d’un kilomètre de l’embranchement, vous arriverez à un petit carrefour dont la route bétonnée sur la droite est cernée par deux bornes (pour éviter le passage des camions et des voitures un peu larges – les 4×4 ne peuvent pas passer. Cette route permet d’accéder à Xuân Lai aussi. Donc si votre voiture est trop large, il vous faudra prendre le même chemin à l’aller et au retour. Dans le cas contraire, vous pourrez à l’aller passer par le nord du village et revenir par le sud). Continuez tout droit (vers le nord). Sur la droite, vous verrez le portail du village de Phüc Lai (un autre village de la commune dont une partie de la population travaille en sous-traitance pour les entreprises de Xuân Lai). Un peu plus loin, vous arriverez à la route-digue. Cette digue protégeait la zone contre les débordements d’un ancien méandre de la rivière Diïông, isolé depuis l’époque collectiviste. Prenez-la sur la droite. Vous verrez l’immense étendue d’eau constituée par le méandre « mort » sur la gauche. Vous surplombez les villages de la commune de Xuân Lai sur la droite. Le soleil miroite dans la multitude de petits plans d’eaux où trempent les bambous. Au bout d’un kilomètre environ, sur la droite de la route, vous arriverez à une petite maison jaune et rouge. Tout de suite après, un chemin bétonné descend de la digue sur la droite en direction du village de Xuân Lai. Tournez à droite, une allée ombragée pénètre dans le village : c’est l’accès nord de ce village. Tout droit vers le sud, vous passez sous le portail du village.
LE MÉTIER
Si l’histoire de ce métier semble oubliée, cette activité existerait depuis plusieurs générations et probablement depuis au moins un siècle et demi. A l’origine destinés aux populations villageoises, les meubles de Xuân Lai étaient de facture simple, construits de manière identique à tous les autres meubles en bambou du delta, sauf pour cette belle finition en couleurs sombres qui leur confère un aspect unique.
Ce village est facilement repérable grâce aux grands bassins d’eau devant chaque maison où l’on fait tremper les bambous encore verts pendant plusieurs mois afin de noyer les parasites dedans et de les rendre plus flexibles. Plusieurs entreprises ici sont spécialisées dans le nettoyage, séchage, puis brûlage des bambous. Il faut les nettoyer, enlever les nœuds, sécher et enfin brûler. Les bambous prêts à l’usage sont vendus aux artisans du village, mais aussi à ceux des villages de vanniers dans la province de Hà Tây (communes de Phù Tùc et Phù Nghla, voir Itinéraires 7 p. 264 et n° 8 p. 276).
Les bambous utilisés proviennent des régions montagneuses de Lang Son ou de Cao Bang, limitrophes avec la frontière chinoise. Où autrefois on se limitait à façonner des paniers pour le riz, des lits, des bancs et des tables, on produit ici toutes sortes de meubles imaginables, de facture souvent étonnamment sophistiquée, ainsi que des lampes, des plateaux, des paravents, des balançoires et des cadres pour photos. Quelques artisans confectionnent même des tableaux en bambou représentant les légendes vietnamiennes, à l’instar des artisans de Dông Hô et leurs estampes polychromes sur papier dô (voir p. 150).

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